L’Histoire que je vais vous raconter est vraie. Les noms n’ont pas été changés pour ne pas préserver la réputation du coupable.

Après le tremblement de terre de 2010, pour venir en aide aux femmes et aux fillettes haïtiennes, l’ONU a concocté le plus formidable ramassis de déchargeurs phallocentriques de la planète. Si vous en doutez, demandez à Rosa Mina Joseph, cette adolescente de Port-Salut. Elle vous racontera comment Julio Cesar Posse, ce Casque bleu uruguayen, lui a passé un panzou avant de l’abandonner dans la honte, le déshonneur et tout le saint-frusquin.

Pour enguillader Rosa Mina Joseph et lui cambrioler ses 17 ans, Julio Cesar Posse, une autre vipère à la gueule d’ange et à l’âme de salaud, pour éviter de peigner sa girafe, lui a fait, au pipirite chantant, avaler des couleuvres et des crapauds.

Démunie, seule et abandonnée, Rosa Mina Joseph sait déjà qu’elle échouera à élever le fils que Julio Cesar Posse lui a laissé en héritage. Quand elle vous demandera pourquoi elle ne peut réclamer une pension à ce culbuteur de gamines, vous serez bien forcé de lui confirmer que l’ONU a offert l’immunité au dépravé qui lui a torpillé le caisson.

Après lui avoir rempli la barrique, comble de la complaisance, l’ONU a consenti, lui direz-vous, à Julio Cesar Posse comme à tous ses fécondateurs humanitaires, l’impunité et toute la facilité pour tirer sa révérence en sifflant un refrain.

Pour consoler Rosa Mina Joseph dites-lui qu’après le séisme, les plus optimistes ont fait état de plus de 250 000 morts. Pour qu’elle prenne la pleine mesure de sa chance, dites-lui que c’est l’équivalent du nombre de victimes des 4 premières années de la guerre en Syrie. Puisque les pessimistes ont parlé de 350 000 morts, rappelez à Rosa Mina Joseph qu’à la recherche d’un peu de dignité et d’une terre accueillante, en 2015, autant de personnes ont traversé la Méditerranée pour, elles aussi, aller à la rencontre de l’humiliation.

Mais Rosa Mina Joseph ne saura jamais, parce que vous ne le lui direz pas, parce que ça ne changera rien à son sort, qu’en 2015, la United States Aid Agency (USAID) a avancé que le nombre de victimes du tremblement de terre se situait entre 46 000 et 85 000 personnes.

Rosa Mina Joseph n’aura pas à questionner ceux qui ne savent pas compter les morts. Mais, elle sait que, vivante, elle ne peut compter sur personne. Survivante, elle ne compte pour personne. Trop occupée à déjouer la débine, trop préoccupée à provoquer une combine, Rosa Mina Joseph ne saura jamais qui vous a menti et au nom de quels intérêts la vérité a été travestie.

Le fils de Rosa Mina Joseph connaitra le même sort que tous ceux conçus par des Casques bleus en mission de paix de l’ONU et qui sont sagement repartis dans leur pays avoir fait la vidange de leur bas-ventre. Avec une mère trop pauvre pour s’en occuper, il saura bientôt qu’il ne compte pour personne encore moins pour ceux qui ne savent pas compter les survivants.

Le fils de Rosa Mina Joseph ne sait pas encore, parce que vous ne le lui direz pas, parce que ça ne changera rien à sa maldonne, qu’il est une victime collatérale du tremblement de terre. Il ne saura pas que l’ONU a fait parvenir à sa mère, un chèque de 300$. S’il devait l’apprendre, vous ne lui diriez pas que ce dédommagement est le paiement final, capital et intérêts, pour l’achat de services pour assouvir les bas instincts d’un couillonneur ignoblement chapeauté, d’un escamoteur lourdement armé et d’un défloreur bleu casqué.

Le fils de Julio Cesar Posse, apprendra sous peu, que dans ce pays que lui a légué Jean-Jacques Dessalines, un autre colon guette sa mère. Puisqu’il le faut, sa grand-mère aussi devra se laisser séduire par le barguignage et le maraudage d’un autre cocoteur. Puisqu’il ne peut en être autrement, sa tante sera emportée par le baragouinage et le maquignonnage d’un autre zozoteur.

Le fils de Julio Cesar Posse ne sait pas encore, parce que vous ne le lui direz pas, que sur cette terre que lui a offerte Toussaint Louverture, là où les hommes et les femmes devaient naitre libres et égaux, il fallait, pour le libérer, qu’un défricheur vienne solidement enchainer sa mère dans la mendicité et la coincer dans un étau.

Puisque ça ne changera rien à son sort, ne dites pas au fils de Julio Cesar Posse, qu’il est inscrit, jusqu’à sa mort, dans le labyrinthe de la pauvreté et du sous-développement que son père, un autre ramoneur, était venu… perpétuer.

Ce texte est un extrait de « Ferme les yeux, ouvre la bouche, avale », paru en juin 2017. Il se trouve à la page 119 de ce livre sous son titre original, «La mizè pa dous pou ti-moun peyi Dessalines».