Christiane Taubira a été nommée Ministre de la justice (Garde des sceaux) de France le 16 mai 2012. Jusqu’à sa démission le 27 janvier 2016, Cet Esprit libre, a construit son héritage sur un principe indiscutable ; La différence n’est pas un prétexte à l’inégalité des droits.

Avec 660 447 voix à la présidentielle de 2002, Christiane Taubira a été tenue responsable d’avoir soutiré à Lionel Jospin les 200 000 votes qui lui auraient permis de passer au second tour. Elle dira à l’édition du 24 février de l’émission On n’est pas couché que les sondages à la sortie des urnes disaient que 80% de ses électrices et de ses électeurs n’auraient jamais voté pour Monsieur Jospin. Elle rappelera surtout que Lionel Jospin aurait pu trouver son compte s’il avait réussi à convaincre 200 000 personnes chez les 11 millions d’électeurs qui s’étaient abstenus.

Néanmoins, les détracteurs de Christiane Taubira restent convaincus que c’est son effronterie qui aurait donné un laisser-passer à Jean-Marie Lepen. Cette année-là, le spectre d’un gouvernement du Front national avait fait frissonner la France. Pour barrer la route à Jean-Marie Lepen, à contrecoeur, Lionel Jospin et ses supporteurs avaient fait front commun pour offrir la victoire à Jacques Chirac, le candidat de Droite. La Gauche n’a jamais pardonné cette impertinence de Christiane Taubira. Si ce n’était que ça!

Pour attirer les foudres de ses adversaires mais aussi celles de ses alliés, Christiane Taubira qui, dans sa jeunesse avait fondé un parti indépendantiste dans sa Guyane natale, a réussi, non sans peine, à faire reconnaitre l’esclavage et la Traître négrière comme des crimes contre l’humanité. Ainsi, elle a confirmé que la France s’était enrichie en participant à un brigandage et elle a rappelé que ce pays avait construit son hégémonie sur un génocide.

Ce haut fait d’armes de Christiane Taubira a déclenché, comme pour tous les autres crimes contre l’humanité, des demandes de réparation par les anciennes colonies mais aussi dans les Départements français d’outre-mer. C’est tout ce qu’il fallait pour armer et consolider les arguments de ceux qui aiment bien présenter l’Ex-ministre de la justice, comme une perfide traitresse à la nation.

Christiane Taubira est devenue l’ennemie des milieux conservateurs lorsqu’elle a défendu avec succès la légalisation du mariage pour tous. Avec la Loi du 18 mai 2013, elle a fait de la France, le 14e pays au monde à autoriser le mariage homosexuel. Sans plier, elle a résisté aux injures de ceux qui sont convaincus que le mariage devrait rester, comme il était au commencement, maintenant et toujours pour les siècles et des siècles, une union sacrée entre un homme et une femme.

Christiane Taubira rappellera à ses adversaires que, historiquement, le mariage était une relation d’affaire, scellée chez le notaire avant d’être bénie par un vicaire. Puisque le mariage des homosexuels n’enlève rien aux hétérosexuels, s’y opposé, dira-t’elle, relève de jugements de valeurs sur les sentiments et les comportements des autres. Lors des débats, elle a brillamment fait la démonstration que l’orientation sexuelle, aussi différente soit-elle de celle de la majorité, ne peut, en aucun cas, être un prétexte à l’inégalité des droits.

Pour Christiane Taubira, comme le mariage, aucune institution de la République ne peut être réservée à une catégorie de citoyens. En décembre 2015, François Hollande lui a offert une autre opportunité de faire la démonstration de son inébranlable attachement à ses principes et aux valeurs de la démocratie.

Après les attentats de novembre 2015, l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE) calculait que le taux de chômage de situait à 10,6% soit le plus élevé depuis 1997. Sous François Hollande, le taux de chômage des 15-24 ans a atteint un sommet historique de 25,3%. Conséquence de la peur suscitée par les actes terroristes qui ont secoué la France en 2015 et de l’insécurité créée par un bilan économique pauvre et pathétique, aux élections régionales de novembre 2015, avec 6,8 millions de votes, comme en 2002, le Front national est venu à nouveau frapper aux portes du pouvoir. Une fois de plus, cette formation politique a été stoppée par une coalition désespérée, cette fois-ci, entre les Socialistes de François Hollande et les Républicains de Nicolas Sarkozy.

Paniqué et en totale déroute, à la recherche de votes pour assurer sa réélection en 2017, celui qui avait promis de relancer l’emploi a tenté de séduire la clientèle du Front national. François Hollande a accouché d’une solution héroï-comique qui a surpris tout le monde même son propre exécutif dont Christiane Taubira. Il a proposé d’inclure, dans la Constitution, la déchéance de la nationalité.

Le Président de la république a chipé à Nicolas Sarkozy, cette lucrative ineptie que ce dernier avait annoncée en 2010. Mais la déchéance de la nationalité est une autre sottise que Nicolas Sarkozy avait piquée dans le programme de Marine Lepen, digne héritière de son père à la tête du Front national. Ce petit jeu de paquet-voleur aura au moins confirmé qu’en 2016, en France, c’est définitivement, la Droite pour tous !

La déchéance de la nationalité est une nigauderie qui prévoit qu’un citoyen français qui possède une autre nationalité et qui porterait atteinte aux intérêts fondamentaux de la nation ou qui commettrait un acte de terrorisme, serait déporté vers l’autre pays dont il détient la nationalité. Mais, la déchéance de la nationalité ne s’appliquera uniquement qu’à ceux qui ont acquis la nationalité française par le mariage, la naturalisation ou par le Droit de sol. Plus que la prison, l’exclusion sociale et même la mort, cette peine hautement dissuassive, croit François Hollande, va foutre le cafard et la trouille et fera changer d’idée à quiconque serait tenté de se faire exploser au nom du Prophète et du sacrifice et du mépris.

Au nom du Droit de sang, à moins que ce ne soit au nom de la pureté de la race, le bienveillant Président s’est assuré que les Français de naissance qui détiennent une double nationalité et qui choisiraient de massacrer des innocents, ne subissent pas l’affront de la déportation. Aussi incroyable que cela puisse paraitre et comme on pouvait s’y attendre, les perpétuels pleignards, les habituels gémisseurs et les traditionnels bien-pensants, qui ne comprennent rien à rien, ont osé accuser le Trop-magnanime-Président d’avoir proposé cette politique qu’ils se permettent gauchement de qualifier de démagogie de diversion sournoisement discriminatoire.

Ce ne sont pas les injures, les insultes et l’adversité qui ont poussé Christiane Taubira à démissionner. Loin de là ! Celle qui refuse de jouer à la Garde-des-sots, a quitté ses fonctions parce qu’elle a compris que la déchéance de la nationalité est contraire à l’État de droit. Une fois adoptée, les Français n’auront pas tous les mêmes libertés et cette inégalité désarticulera la fraternité.

En quittant son poste de Ministre de la justice, Christiane Taubira dira ; « Je choisis d’être fidèle à mes engagements, à mes combats, à mes rapports aux autres. Je suis fidèle à Nous tel que je Nous comprends. » Justement. La raison de sa démission est dans le Nous. Tel qu’elle le comprend, tel qu’il doit être érigé, en démocratie. Le Nous est toujours, incontestablement, invariablement, inévitablement et totalement inclusif.

Dans son discours de démission, Christiane Taubira, citant Aimé Césaire, a dit ; Il n’est pas question de livrer le monde aux assassins d’aube. À la lecture de ce poème, on comprend qu’elle insinue que la déchéance de nationalité est une victoire pour les terroristes, ces souffleteurs de crépuscule, ces oiseaux vampires tout bec allumé, qui poussent même les plus lucides et les plus sensés à la déroute irréfléchie dont le dégainement des couteaux de justice.

Femme noire venant d’Outre-mer, Christiane Taubira a compris qu’un tel amendement à la Constitution, consolidera l’arsenal de discrimination qui, inévitablement, un jour, se retrouvera entre les mains de l’héritière de Jean-Marie Lepen, de Nicolas Sarkozy et des autres adeptes des politiques de droite ouvertement racistes et radicalement xénophobes.

Christiane Taubira qui avait mené sa campagne à la présidentielle sous le thème de l’égalité des chances, sait que la déchéance de la nationalité, entre les mains de sa propre famille politique, cette Gauche désemparée, désorientée, désaxée et dénaturée, fera de ceux qui, comme elle sont différents de la majorité, des citoyens de second rang. Pour celle qui a dit : Aussi loin et différent que soit l’autre, l’autre est un autre moi-même, il est inconcevable et inadmissible d’inscrire dans une Loi fondamentale, la notion du Nous et les autres, des Purs et des impurs, de l’Auguste et du trivial, du Précieux et du quelconque.