Le journal F-One Magazine a publié un entretien tenu le 21 mai 2015 entre Nico Roseberg et l’Ex-patron de la Formule Un (F1), Bernie Ecclestone. Ce dernier a expliqué pourquoi il souhaitait, malgré son admiration pour Nico, que Lewis Hamilton, qui était alors son coéquipier et adversaire chez Mercedes, remporte le championnat des pilotes. Qu’est-ce qui a bien pu pousser Bernie à faire une telle affirmation?

Talentueux, bien éduqué, bon père de famille, beau et riche, Nico est le beau-fils idéal. En 2016, il a succédé à Lewis en remportant son premier championnat du monde des pilotes. Mais, un peu à l’image de l’ancien champion québécois, Jacques Villeneuve, il est inconfortable devant les caméras et il n’aime pas les longues nuits. C’est surement parce que la vie trépidante de son sport lui était pénible que 3 jours après son couronnement, Nico a annoncé qu’il prenait sa retraite. Du coup, il a donné raison à Bernie.

À l’inverse, avec maintenant 4 championnats du monde de F1 en poche, Lewis mène une vie de Rock-star. Constamment en mouvement, il est partout où ça bouge. Selfie par-ci, Post par-là pour cette star planétaire qui est suivi par plus de 12 millions de fans sur les médias sociaux.

Un champion doit faire parler des performances de son écurie afin d’accélérer la vente de véhicules. Plus spectaculaire et rebelle que Nico, Lewis attire les foules, ce qui fait augmenter la vente des droits de télévision et des produits dérivés. C’est pour toutes ces raisons que dans F-One Magazine, Bernie avait dit à Nico que Lewis était le meilleur champion de F1 de tous les temps. Et comment!

Flamboyant, jeune, génial, belle gueule, célibataire, articulé, Lewis est un atout extraordinaire pour son sport. Quand les caméras sont braquées sur lui, il fait oublier que dans les beaux jours de l’Apartheid, Bernie se donnait en spectacle en Afrique du Sud avec ses Gitanes et le Marlboro Man.

Bien avant la naissance de Lewis, la F1 a fait des tours de pistes en Espagne sous la dictature de Franco. L’Argentine lorsqu’elle était dirigée par le Général Juan Peron, celui qui avait mis la table pour accueillir des milliers de Nazis en cavale, et le Brésil lorsqu’il était dirigé par une dictature militaire, avaient placé la F1 au cœur de leurs stratégies d’embellissement.

En 2016, Bernie a vendu sa machine à sous. Liberty Media a versé 8 milliards de dollars pour mettre la main sur l’une des entreprises les plus lucratives au monde mais aussi la plus indécente de la planète.

Les héritiers de Bernie continueront leurs vadrouilles chez Vladimir Poutine. Ils feront leurs courses à Bahreïn et aux Émirats arabes-unis. Quand ils trimballeront Lewis et ses adversaires en Chine et en Azerbaïdjan, ce sera pour faire la courbette devant des tyrans.

En fait, le meilleur champion du monde de tous les temps, c’est Bernie. Il répétait à qui voulait l’entendre qu’il était disposé à écouter celui qui lui proposerait une définition crédible de ce que sont les droits de l’Homme. Si Bernie a continué à faire la belle pour des despotes, c’est parce que personne, absolument personne, n’était parvenu à le convaincre que la misogynie, l’homophobie, le racisme et la xénophobie sont des forces antagoniques aux droits de l’Homme.

Bernie, ce grand homme d’affaires aux petits principes, est passé maître dans l’art de l’apathie, de l’anoblissement de l’indifférence et de la banalisation des règles de la démocratie. Pour poursuivre son œuvre, les nouveaux patrons de la F1, ces champions en devenir, n’auront qu’à fermer les yeux pour faire semblant de ne pas entendre le vacarme de ceux qui ouvrent la bouche pour exiger, d’eux aussi, un minimum de décence.

 

 

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