À peine avait-il mis les pieds à l’Hôtel de ville, Denis Coderre avait déclaré « There’s a new sheriff in town ». Cette seule phrase symbolise l’ère Coderre, une période où son omniprésence est devenue encombrante et son arrogance a symbolisé son diktat. Son exubérance et sa condescendance ont fini par royalement tapper sur les nerfs. Loadé comme un gun et trop sensible à la gâchette, Denis Coderre a fini par se tirer une balle dans le pied.

Denis Coderre fait partie de cette génération de politiciens de carrière, une espèce en voie d’extinction qui croit encore que la seule façon de se faire réélire est d’utiliser la scène politique pour se donner en spectacle. Au centre de scénarios qui font appel à son outrecuidance, des attitudes hautaines et des gestes spectaculaires, dans le rôle du Bulldozer, l’acteur principal a réduit les autres au rôle de figurants, d’accessoires et de faire-valoir.

Dans une de ses mises en scènes, plus grotesque que burlesque, marteau piqueur à la main, ce Django déchainé avait entrepris de démolir une dalle de béton installée par Postes Canada. Même si sa revendication était légitime, il s’était donné le rôle de la brute et du truand dans son propre western. Ce jour-là, en se faisant justice sans passer par les structures de l’État de droit, Denis Coderre avait donné aux Montréalaises et aux Montréalais l’autorisation de saccager les biens publics au gré de leur humeur et de leurs fantaisies.

Lors d’un évènement pour souligner le 10e anniversaire de la Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples autochtones, Denis Coderre avait déclaré qu’il allait s’occuper personnellement de changer le nom de la rue Amherst. Il avait même suggéré de lui donner le nom d’un Chef autochtone.

L’intention est noble puisque l’histoire retiendra que Amherst voulait exterminer les Amérindiens. Mais, plus préoccupé par le divertimento que par les règles de démocratie, Bang Bang Kid, dans son auto-script, s’était donné le rôle de l’unique pistolero en ville. Il a omis de dire que c’est au Comité de toponymie de la Ville de Montréal qu’il devait soumettre les changements de nom de rue qui doit, à son tour, les faire valider par la Commission de toponymie du Québec.

En 2012, quand il était Député fédéral de Bourassa, Denis Coderre avait reçu un chèque de 25 000$ de la part de l’homme d’affaires Jean Rizzuto. Après avoir nié les faits, il a fini par dire qu’il s’agissait d’un cadeau pour l’aider à payer ses frais d’avocats dans une cause qui l’opposait au hockeyeur Shane Doan.

Se basant sur un rapport déposé par les arbitres, le joueur avait été trainé en cour par le député parce qu’il aurait tenu des propos racistes envers les francophones lors du match opposant les Coyotes de Phoenix au Canadien de Montréal le 13 décembre 2005. Puisque le hasard fait bien les choses, en août 2010, Denis Coderre a accepté une entente hors-cour juste à temps pour qu’il ait le temps de se préparer pour les élections fédérales du 4 mai 2011.

Encore aujourd’hui, Denis Coderre est probablement la seule personne au Canada qui croit qu’un député en fonction, ancien ministre ministrable qui reçoit «une poignée de dollars» de la part d’un entrepreneur ne se place pas en conflit d’intérêts. Personne n’est parvenue à lui faire comprendre que s’il n’y avait pas, à tout le moins, apparences de conflit d’intérêts, la question n’aurait pas été soulevée en 2017.

Dans sa gestion des résultats de la vente de billets pour la Formule-E, Denis Coderre n’est pas sans rappeler Jean Drapeau. L’Ex-maire de Montréal, jusqu’à sa mort, avait promis de publier son propre bilan pour expliquer la catastrophe financière des Jeux olympiques de 1976. En ne faisant pas sa reddition de compte, en se croyant capable de contrôler le Story-Board, Denis Coderre a permis à d’autres de zoomer sur les détails, d’interpréter les faits et de présenter des gros plans sur des résultats désastreux.

Dans La Presse du 9 novembre 2013, Katia Gagnon présentait Denis Coderre comme le Rocky de la politique qui, écrivait-elle, «avec la ténacité d’un boxeur, n’accepte jamais la défaite». Pourtant le 5 novembre 2017, comme un poids-plume, le pugiliste s’est enfargé dans les fleurs du tapis et s’est passé un knock-out avant même le début du combat.

Denis Coderre n’a pas compris que désormais, les politiciens savent qu’il faut marquer les esprits avec un méga projet. Comme le mur de l’ami Donald, Valérie Plante sait que sa Ligne-rose ne verra pas le jour même si elle devait faire 10 mandats.

Pendant ce temps, comme Hilary, convaincu de son invincibilité, Denis Coderre a surfé sur sa réputation. Il a méprisé et ridiculisé son principal adversaire qu’il a présenté comme une rêveuse qui invente des couleurs, entretient des faux espoirs et qui ne peut compter que sur quelques appuis chez Québec solidaire. Et pourtant!

Parce qu’il a tourné en dérision toutes les critiques à son égard, le Desperado a confirmé qu’il était son unique adversaire. Le Lonesome cowboy a été chassé de Daisy Town parce qu’il s’est présenté au duel comme s’il n’avait pas d’opposant. Il a agi comme s’il participait à un Bonanza où il n’avait qu’à réclamer son dû.

Denis Coderre a perdu parce qu’il reste et demeure Denis Coderre, un politicien d’une époque révolue, démodé et déphasé qui n’avait dans son arsenal que des tactiques d’un passé combien lointain.

Denis Coderre était le Dernier des Mohicans.

Coupez!