Le 3 août 2019, Gracia Delva, Sénateur de la République d’Haïti, a donné une entrevue à Vision 2000 pour justifier ses relations avec Arnel Joseph, un évadé de prison, un kidnappeur, un violeur, un voleur qui semait la terreur dans le pays avant qu’il ne soit capturé le 22 juillet 2019. Quand Arnel Joseph a débarqué avec sa camarilla dans son département, Gracia Delva a raconté lui avoir dit « Gen yon jan pou fè’l ». Ah bon! Quelle est cette façon de faire, de faire quoi? Since I heard it straight from the horse’s mouth, je vous propose ma vérification des faits à partir de la source la plus fiable qui soit… L’Honorable Gracia Delva.

Lors de l’entrevue du 3 août, d’entrée de jeu, le journaliste Valéry Numa a avisé que c’est Gracia Delva qui l’avait contacté pour obtenir cet entretien. Plutôt que d’accorder ses flûtes pour livrer un témoignage limpide, intelligent et cohérent, Gracia Delva a pris tout son temps pour livrer un divertimento grave, sans justesse, ni modulation. À moins qu’il ne soit dans une démarche d’autodestruction, le Sénateur-chanteur qui dit faire partie de l’élite culturelle de son pays, a pris tout son temps pour se faire passer pour un fantaisiste bien-pensant.

Gracia Delva a raconté à Valéry Numa qu’en mars 2018, un de ses voisins avait été kidnappé, de toute évidence, par le gang de Arnel Joseph. L’épouse de ce voisin l’avait contacté et sans hésitation, il lui a fait un prêt en argent comptant de 10 000 US$ pour payer une partie de la rançon. Gracia Delva dit avoir aussi entrepris des démarches pour aider sa voisine à compléter la cagnotte demandée. Le voisin a finalement été libéré contre une rançon de 110,500 US$ et il a remboursé sa dette auprès du Sénateur.

Selon le Miami Herald, Gracia Delva avait, dans un premier temps, téléphoné au ravisseur. Puis, quelques heures plus tard, il avait appelé son voisin pendant que ce dernier était en captivité. Lors de son tête-à-tête avec Valéry Numa, Garcia Delva a confirmé qu’il avait effectivement parlé à l’employé de son voisin, celui qui négociait avec les ravisseurs. Pire encore, il a admis que par le passé, il avait eu plusieurs conversations téléphoniques avec Arnel Joseph. Le Sénateur a ainsi corroboré les propos du Président de la Commission Sécurité et Justice du Sénat de la République. Preuves à l’appui, Jean Renel Sénatus avait rapporté que son collègue avait eu plus d’une vingtaine de conversations téléphoniques avec Arnel Joseph entre le 15 janvier et le 1er mars 2019.

Roberson Alphonse rappelait dans Le Nouvelliste du 23 avril 2019 que Arnel Joseph avait perpétré plusieurs enlèvements contre rançon en plus de nombreux viols et de vols de véhicules. Par ailleurs, le même journal écrivait que la Police nationale d’Haïti avait offert 20 000 US$ à toute personne qui pouvait lui fournir des informations pouvant permettre la capture de ce chef de gang. Vous pouvez déduire que Gracia Delva ne savait rien de tout ça. Sinon…

Au nombre de fois où il a communiqué avec Arnel Joseph, si Garcia Delva avait collaboré avec la police, au-delà de son noble devoir de citoyen, il se serait enrichi de 20 000 US$. Puisqu’il ne l’a pas fait, le Sénateur de la république a ainsi admis n’avoir pas fait ce qu’il fallait pour se dissocier d’un gangster. Au contraire. Si vous pensez que Gracia Delva s’était fait complice d’un malfrat, il ne vous reste qu’à faire un tout petit pas timide dans n’importe quelle direction pour tirer votre propre conclusion.

S’Il parlait à Arnel Joseph c’était pour le contrôler, dit Gracia Delva. Pour lui, c’était aussi une obligation morale puisqu’il fait partie des Artistes pour la paix. Le Sénateur-chanteur qui prend tout le monde pour des valises, n’a en réalité aucune idée de ce que font les Artistes pour la paix. Il a tout simplement accouché de cette insanité irréfléchie pour vous donner une porte de sortie au cas où il vous prendrait l’envie de faire semblant de le croire ou de faire semblant d’être con. Ce qui revient au même by the way.

Gracia Delva ne sait pas que les Artistes pour la paix sont appelés à faire la promotion de l’harmonie sociale en dehors de tout alignement politique. Il ne sait pas qu’un élu est de facto exclu de toute possibilité de faire partie de cette organisation. Il ne sait pas que les Artistes pour la paix s’engagent à mettre leur art au service du désarmement, de la lutte à la violence, au racisme, à la misogynie, aux inégalités sociales…

Est-ce que le Sénateur-chantant, peut vous dire quelle berceuse il avait fredonné pour endormir les kidnappeurs de son voisin? Non!

Peut-il vous réciter les mots doux qu’il avait susurrés dans les oreilles de Arnel Joseph pour tendrement l’amadouer? Non!

Peut-il vous dire le tempo de la sérénade qu’il a composée pour séduire le ravisseur de son voisin? Non!

Peut-il vous confirmer qu’opter pour une double-croche est une autre façon de perdre la mesure quand on tient à jouer sa propre partition? Oui.

Alors, depuis le temps que vous vous retenez, lâcher un demi-soupir et gardez l’autre moitié pour tantôt… Ouf!

Dans le meilleur des scénarios, Gracia Delva s’est improvisé négociateur dans un cas d’enlèvement. Or, ce n’est ni le rôle d’un citoyen, ni celui d’un Artiste pour la paix et encore moins celui d’un Sénateur. Malgré la faiblesse de l’État de droit dans son pays, lorsqu’un crime est commis, Gracia Delva a, comme tout citoyen, l’obligation d’aviser la police. D’autant plus qu’il a pour autre voisin, le Chef de la police. Dans le scénario du pire, ne pas aviser les forces policières, élaborer soi-même et financer une solution à un acte criminel, équivaut à se placer au-dessus de la loi. Pire encore, à contourner l’ordre établi, à faire sa propre loi et surtout à participer activement à un crime.

Gracia Delva n’avait pas compris que payer une rançon équivaut à financer les opérations du gang de Arnel Joseph. Quand c’est un législateur qui le fait, il dit que ce commerce est, à tout le moins, toléré sinon permis. En admettant avoir eu des pourparlers avec le kidnappeur et son otage, Gracia Delva a cautionné ce crime et il a généreusement contribué à l’augmentation du climat d’insécurité dans son pays.

Le Sénateur a donné un message clair à tous ses concitoyens. Les plus nantis doivent s’attendre à être la cible des kidnappeurs et la police ne leur sera d’aucun secours. Payer une rançon, a-t-il laissé comprendre, est la seule et unique façon de s’en sortir. Crache le cash, on te détache. Tu payes ou tu crèves. Si tu es pauvre ou trop pingre, si tu as un Temporary cash flow problem ou si tu es trop chiche … Get ready to die with one’s boot on!

Mais c’est quand Gracia Delva a ajouté que ses conversations avec Arnel Joseph étaient limitées aux activités sociocommunautaires du bandit recherché dans tout le pays que le bienveillant Sénateur a démontré qu’il avait complètement perdu tout contact avec le reste de la planète. C’est vraiment à ce moment précis qu’il est passé de façon irréversible en mode délire. Préparez-vous pour ce qui suit. Quoi qu’il advienne, vous allez faire de l’hyperventilation. Si vous n’avez pas utilisé votre demi-soupir de tantôt, vous allez attraper le hoquet et vomir avant de vous évanouir.

Gracia Delva a dit qu’il conversait avec Arnel Joseph parce que, dans la communauté, ce dernier faisait la distribution de denrées, finançait des tournois de football, des fêtes de quartier et des fêtes paroissiales. À moins qu’il croit que l’entreprise criminelle de Arnel Joseph a un programme de responsabilité sociale, le Sénateur doit être complètement givré pour trouver normal qu’un hors-la-loi se substitue à l’État et s’occupe de financer les activités communautaires dans le département qu’il représente et ce, avec les rançons collectées.

Quand vous reprendrez vos esprits, essayez de trouver les mots pour expliquer à Garcia Delva que c’est avec les 10 000$ qu’il avait prêté à sa voisine pour libérer son mari que le ravisseur, Arnel Joseph, a pu organiser des activités de loisirs dans sa commune. Si Gracia Delva vous comprend, ça facilitera la tâche à celui qui devra lui rentrer dans la caboche qu’en réalité, c’est lui qui a escroqué son voisin. C’est lui qui a laissé un voyou se faire une beauté dans son Département. C’est lui, qui pour se décharger de ses responsabilités, a offert à sa communauté des vivres et des activités de loisirs financées par un vaurien, un pseudo Robin-des-Bois, qu’il a fabriqué et protégé.

En plus d’une heure d’entrevue, Gracia Delva n’a jamais condamné les crimes de Arnel Joseph. Il a plutôt admis lui avoir dit « Gen yon jan pou fè’l». Cette formule qui a l’air d’une ritournelle sortie tout droit d’un tube kompa est plus terrorisante que loufoque, plus terrifiante qu’aberrante, plus grotesque que burlesque.

Gen yon jan pou fè’l… c’est pour vous faire croire que dans sa fonction de Sénateur, il avait l’obligation d’imposer à ce hors-la-loi, une éthique du kidnapping, un code de déontologie du viol et une morale du vol.

Gen yon jan pou fè’l… c’est négocier avec Arnel Joseph les conditions pour qu’il poursuive ses activités criminelles en toute quiétude. C’est accepter de fermer les yeux sur ses exactions. C’est plus que le tolérer. C’est l’accréditer.

Gen yon jan pou fè’l… c’est pour vous faire croire qu’il n’avait pas la trouille. C’est pour vous faire croire qu’il était le maître du jeu. Mais ça, c’est après avoir démontré en entrevue qu’il était au service de sa majesté. Le brave Gracia Delva est la preuve vivante que Cowards die many times before their death!

Gen yon jan pou fè’l… c’est savoir qu’il faut protéger Gracia Delva, sa mère, sa tante, les autres membres de sa famille et leurs biens pour obtenir la bénédiction de l’Honorable Sénateur et en boni, un permis pour kidnapper, le droit de violer, l’autorisation de voler and a ticket to fame and fortune.

De deux choses l’une. Lors de sa performance du 3 août 2019, le vaillant Sénateur, plus maboule qu’andouille, a complété avec brio, la démonstration de son manque total de jugement. Autrement, vous êtes en droit de conclure que Gracia Delva avait demandé cette entrevue à Valéry Numa pour sauver ce qu’il pouvait avoir comme réputation. Mais mal préparé, mal conseillé, en amateur, il a dérapé. Il ne savait pas le pauvre que ça aussi, Gen yon jan pou fè’l.

Le 3 août 2019, l’Honorable Sénateur Gracia Delva, un chanteur qui s’est autoproclamé membre de l’élite de son pays, a entamé la phase finale de son suicide politique. Pour lancer son decrescendo, il s’est présenté comme un joyeux pantin manipulé par plus puissant que lui. Il s’est auto-incriminé en se plaçant au centre d’une comédie de mœurs plus tragique que drôle.

Mais, tout de même, il faut lui donner ça. Dans un rare moment de lucidité, Gracia Delva a dit que s’il est Sénateur, c’est parce que des gens intelligents refusent de se présenter en politique. Je ne sais pas pourquoi, mais j’ai comme l’impression qu’il y a quelque chose de vrai là-dedans.  C’est peut-être parce que j’ai déjà écrit quelque part dans un livre que « le plus grand défaut de la démocratie c’est qu’elle permet d’élire le plus populaire même s’il est incompétent. »

Ouf!!! C’est maintenant le temps d’utiliser votre autre demi-soupir que vous aviez mis en réserve. Sinon, vous allez perdre connaissance. Prenez tout votre temps. Soyez prudent. Ne faites pas ça n’importe comment. Ça aussi… Gen yon jan pou fè’l.