Le 13 mai 2021, le Commissaire à l’éthique a conclu que Bill Morneau, avait enfreint le code d’éthique dans l’octroi d’un contrat sans appel d’offres à We Charity. L’ancien Ministre des finances du Canada avait participé à la décision sans dévoiler qu’il avait des relations personnelles avec les dirigeants de cette organisation. Mais, il y a quelque chose de plus important que ça dans cette affaire. J’espère que l’essentiel ne vous a pas échappé.

Monsieur Morneau,

En juillet 2020, quand nous avions appris que, vous, le grand argentier du gouvernement fédéral, aviez offert un contrat sans appel d’offres de près d’un milliard de dollars à WE Charity, vos concitoyennes et vos concitoyens avaient questionné l’apparence de conflit d’intérêts et votre sens de l’éthique. Mais moi, j’étais agacé par un détail plus léger mais lourdement inquiétant.

Vous nous aviez appris qu’en 2017, alors que vous étiez Ministre des finances du Canada, votre épouse et vos filles avaient été invitées à se rendre au Kenya avec l’organisme WE Charity pour évaluer leur travail sur le terrain. Quelles étaient les expertises spécifiques dont elles disposaient pour mener une telle évaluation ? Aucune !

La même année, l’organisme vous avait invité avec votre famille à participer à la construction d’une école en Équateur. Aviez-vous vos Certificats de compétences ? Êtes-vous charpentier, électricien, plombier, manœuvre, couvreur ? Non !

Alors, quel était le véritable objectif de ces voyages?

Puisque vous ne le savez pas, je vous annonce que vous et votre famille aviez participé à des safaris humanitaires. Je ne parle pas de ces expéditions pour aller assister au spectacle qu’offre la faune indomptée et les fauves en voie d’extinction. Non. Je ne parle pas des escapades pour aller nourrir des animaux sauvages. Quoi que…

Je parle de ces cavales dégradantes qu’organisent des ONG pour récompenser leurs donatrices et leurs donateurs en les amenant observer des populations déshéritées dans leur habitat naturel.

Je parle de ces circuits qui donnent bonne conscience, qui vous rappelle votre vulnérabilité utopique mais qui, à part de nourrir leur désespoir et de sacrer un coup barre à leur dignité, ne rapportent absolument rien à celles et ceux qui sont pris en captivité par la pauvreté.

Je parle de ces voyages pour aller prêcher le bullshit de la résilience, ce tafia qui est servi aux pauvres entre les promesses, les vœux et les souhaits, pour leur dire qu’avec la bonne volonté, personne ne pourra les empêcher de s’évader de l’enclos de la misère.

Je parle de la résilience, ce mot maudit qui, entre l’angoisse et l’agonie, impressionne mais ne charme plus personne. Je parle de la résilience ce maudit mot qui sert à faire taire celles et ceux qui seraient tentées de crier… basta. On n’en peut plus !

Monsieur Morneau, vous êtes un homme de grandes valeurs qui sait ce qu’il convient de faire et ce qu’il est préférable de ne pas faire. Vous savez que manquer d’éthique c’est essayer de faire croire qu’il y a quelque chose de logique, de bon, d’acceptable dans les profondes contradictions de nos actions et de nos discours. En participant à des safaris humanitaires, vous n’avez rien fait de mal mais vous n’avez rien fait de bon. Vous n’avez pas fait du bien à personne.

Vous savez comme moi que si vos safaris humanitaires au Kenya et en Équateur n’ont pas contribué au développement d’un idéal humain, au bonheur de la collectivité, il ne peuvent relever que de l’inutilité sociale. C’est ça et surtout ça qui, avant tout, n’est pas éthique.

Qui suis-je pour vous faire la morale Monsieur Morneau ? Qui suis-je ? Un simple citoyen qui vous demande un peu de réserve.

Un peu de réserve s’il vous plait Monsieur Morneau… S’il vous plait !

 

Frédéric Boisrond

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