Malgré la crise politique accentuée par l’assassinat de Jovenel Moïse en juillet 2021, la communauté internationale a exigé la tenue d’élections en Haïti sans conditions. Je leur rappelle qu’en 2010, le gagnant avait été désigné par cette même communauté internationale avant la tenue du scrutin. Pour respecter la logique indécente de cette communauté internationale, pour éviter de perdre du temps et de gaspiller de l’argent, il serait plus avisé d’annoncer immédiatement le nom du gagnant.

Le texte qui suit est un extrait de « Au nom du peuple et du fric et du sain d’esprit ». Ce premier livre de la série « Mythes, vérités et mensonges sur la démocratie », est paru en juin 2015.

Quelques semaines après le tremblement de terre, la communauté internationale a réclamé la tenue d’élections sans tenir compte des priorités des Haïtiens. Ce suffrage a mis en lumière l’incompétence de la traditionnelle classe politique qui a été assommée par la supercherie.

Résultats du premier tour, Mirlande Manigat et Jude Célestin ont été déclarés gagnants. Malgré des irrégularités, les observateurs internationaux ont validé le scrutin. Mais, 10 jours plus tard, les résultats ont été contestés par les États-Unis et le Canada qui ont jugé qu’une fraude aurait favorisé Jude Célestin. Parallèlement, Michel Martelly et Mirlande Manigat ont fait front commun avec 10 autres candidats pour exiger l’annulation des élections. L’unité n’a duré que 24 heures. Opportunistes et artificieux, Martelly et Manigat ont rapidement trahi le groupe.

Trop tard pour Manigat. Arnaud Robert du journal Le Temps a écrit que pour l’ONU, la situation haïtienne a viré au cauchemar. Le choix de la communauté internationale, celle à qui les sondages prédisaient une large victoire, a fait faux bond à ses commanditaires. En demandant l’annulation des élections, Mirlande Manigat a perdu la confiance de ses sponsors. C’est dans ce contexte qu’une mission de l’Organisation des États américains (OEA) est débarquée à Port-au-Prince pour solutionner une autre énigmatique saga haïtienne.

Selon le rapport de mission publié le 13 janvier 2011, les observateurs de l’organisation ont conclu que tous les candidats sans exception avaient fraudé. L’OEA a retenu différentes options de sortie de crise dont l’orga­nisation de nouvelles élections nationales ou des élections partielles pour les circonscriptions problématiques. Ces solutions ont été rejetées pour des questions budgétaires.

Pour sortir du fiasco, l’OEA a littéralement bricolé une solution en ajou­tant une couche d’absurdité sur ce qui était déjà une pathétique tombola.

L’OEA a annulé tous les votes qui auraient été obtenus de manière frauduleuse. C’est ainsi que 17 220 voix ont été retranchées du total obtenu par Jude Célestin. Mirlande Manigat a perdu 13 830 voix et Michel Martelly s’est vu soustraire 7 150 voix ce qui lui a permis de passer au second tour.

Sans surprise, le Center for Economic and Policy Research (CEPR) a analysé le rapport de l’OEA et a conclu qu’il était statistiquement erroné, peu fiable, indéfendable et qu’il visait à sauver une élection illégitime. Dommage, mais ce ne sont pas des arguments valables pour stopper une truculente mascarade. Puisque le cirque est en ville pour faire des roulades et des pirouettes, The show must go on !

Au premier tour, Mirlande Manigat avait largement devancé les 18 autres candidats. Inexplicable débâcle, au tour suivant, malgré que 13 059 électeurs de plus se soient exprimés, elle a récolté 131 voix de moins. Étrangement, Michel Martelly qui, de peine et de misère, avait obtenu 20 % des votes au premier tour, a fait le plein avec 67,57 % des voix. Celle qui avait plus de 10 % d’avance au premier tour a terminé avec un recul de 37 % derrière son adversaire. Impénétrable et mystérieuse explication, Mirlande Manigat aurait été blackboulée par tous les partisans des 17 autres candidats à la présidentielle. Du jamais vu!

L’impertinence de Manigat a un prix. Elle a été plaquée par la commu­nauté internationale qui n’a tout simplement pas pris le temps d’inventer des résultats plausibles, une recette éprouvée, qui aurait pu donner le minimum requis de crédibilité à cette stupide et débile plaisanterie.

Tous les interprètes de cette cynique comédie ont copieusement excré­menté la démocratie. La traditionnelle classe politique a fait une brillante démonstration de son incapacité à faire face à un adversaire inexpérimenté et peu crédible. En soustrayant des voix à Martelly et Manigat et en les maintenant dans la course, les maquilleurs de l’OEA ont, au nom de la communauté internationale, validé les résultats de deux candidats qu’ils avaient identifiés comme des tricheurs.

Michel Martelly, le vire-capot, en fin resquilleur, a bénéficié d’une élection scénarisée qu’il avait lui-même dénoncée. Il n’y a pas à dire, il a été très Sweet Micky !

Frédéric

Citation suggérée : Frédéric Boisrond, Au nom du peuple et du fric et du sain d’esprit, (Page 13 et 14), Solutions Feed-Back Actif, Laval, Numéro ISBN : 978-2-9814923-0-2, Dépôt légal – Bibliothèque et Archives nationales du Québec, Dépôt légal – Bibliothèque nationale du Canada (1182415), Canada, juin 2015.

CLIQUEZ ICI POUR CONNAITRE LES MODALITÉS D’ACHAT DE MES LIVRES