Le 4 juin 2020, Antonio Guterres disait espérer que la formule qui permettra d’éradiquer la Covid19, soit déclarée « vaccin du peuple ». Moins de 6 mois plus tard, le Secrétaire général de l’ONU s’était résigné à admettre que ce qui devait être fait au nom du peuple, a été guidé par le fric, au point qu’il fallait se demander si la pandémie n’avait pas affecté la capacité de raisonner des sains d’esprit.

La bombe est venue de Belgique. Quand elle a explosé à la face du monde, tous les intéressés se sont empressés de mettre le couvercle sur la marmite. Personne ne voulait que vous sachiez que dans leur empressement et dans leurs improvisations, vos brillants leaders à qui vous aviez confié vos deniers publics, ont laissé le contrôle de la vie de leurs contribuables, entre les mains d’entreprises privées réputées pour leur voracité.

C’est Eva Bleekeer qui a allumé l’étincelle qui a mis le feu au poudre. À force de se faire accuser de jouer à Cache-cache Lubin et Lago-caché dans ses négociations avec les compagnies pharmaceutiques, la Ministre d’État au budget de la Belgique a ouvert ses livres. En publiant un tweet dans lequel elle a intégré un tableau qui contenait les prix payés par les pays européens pour l’acquisition des vaccins contre la Covid-19, elle avait tiré la goupille. Dans le temps de le dire, la Toile s’est embrasée. Les adversaires de la Ministre se sont lancés dans des discours enflammés pour la présenter comme incompétente.

Pendant que Elisabeth Schraepen, la porte-parole de Pfizer en Belgique montait au créneau pour dire qu’avez son tweet, Eva Bleekeer avait rompu la confidentialité contractuelle sur le prix des vaccins, l’opposition de droite se demandait si la Ministre n’était pas devenue une bombe puante.

Pendant que les représentants de l’Association Générale de l’Industrie du Médicament qui regroupe 125 entreprises pharmaceutiques de Belgique, faisait feu de tout bois, les partis de gauche en profitait pour questionner la dépendance de l’État par rapport aux entreprises pharmaceutiques tout en se demandant si Eva Bleekeer n’était pas devenue une flamme mourante.

Pendant que vous vous demandiez si vous alliez recevoir votre troisième dose, l’industrie pharmaceutique a tenté de convaincre le bon peuple que le prix des vaccins n’était qu’un léger détail qui ne représenterait aucun intérêt pour vous et moi. Convaincu qu’elle serait incapable de nous convaincre, elle a placé quelques bons coups de règles sur les doigts de Eva Bleekeer pour l’inviter à s’excuser et à se tenir loin du feu des projecteurs.

Le tweet de la Ministre n’avait été en ligne que pendant une trentaine de minutes. Juste le temps qu’il fallait pour que d’autres me fassent parvenir une capture d’écran. Malheureusement pour les pharmas, le mal était fait. J’ai fouillé, j’ai trouvé, j’ai pété ma coche. J’ai fait feu de tout bois.

Le tableau des prix publié par Eva Bleekeer nous a permis de savoir que le prix unitaire pour les produits vendus aux pays de l’Union européenne est de 2,75$ pour le vaccin AstraZeneca. Ceux de Sanofi/GSK, Johnson&Johnson et CureCav se vendent entre 8 à 10$. Les vaccins le plus dispendieux sont celui de Pfizer acheté à 15$ et celui de Moderna qui coute environ 28$.

Le tweet de Eva Bleekeer a permis de savoir que puisque l’Union européenne avait financé le vaccin de Pfizer, elle paye 15$ la dose plutôt que 20$ par unité. Les Américains ayant financé celui de Moderna, payent 15$ tandis que le même produit est vendu à 28$ aux Européens. C’est là que Antonio Guterres a compris qu’il y avait d’autres que le bon peuple, qui sortiraient gagnants de cette grande aventure.

Comme moi, le 13 décembre 2020, le Secrétaire général de l’ONU avait lu sur le site de BBC News que les gouvernements de plusieurs pays avaient déboursé près de 12 milliards de dollars pour le développement de vaccins contre la Covid-19. Des fondations avaient injecté 2,7 milliards de dollars. Les entreprises pharmaceutiques avaient investi 4,6 milliards de dollars.

Comme Antonio Guterres, vous savez qu’en juillet 2020, Les sociétés Pfizer, Merck et Moderna avaient confirmé devant le Congrès américain leur intention de tirer des profits de la vente de leurs vaccins. Je suis sûr qu’avec un calcul rapide, vous avez compris que ces entreprises n’avaient investi que 20% des fonds en recherche et développement.

Vous savez que AstraZeneca s’était engagée à vendre ses vaccins sans réaliser de bénéfices. Si vous le savez, Guterres le sait aussi. Sauf que personne ne vous a dit que la promesse de AstraZeneca de vendre au prix coutant ne s’applique que pendant la durée de la pandémie. Et moi je vous dis que l’entreprise s’était réservée le droit de déclarer elle-même, à partir de juillet 2021, sans l’aide de personne, la date de la fin de la pandémie. Je n’ai pas besoin de vous dire que vos représentants ont fermé les yeux avant de signer en bas de page.

Comme Benjamin des Gachons, directeur des campagnes mondiales de ONE, vous auriez pu dire à Antonio Guterres… « quand un nouveau vaccin est mis sur le marché dans un pays développé, il faut parfois attendre jusqu’à 7 ans avant qu’il soit accessible dans les pays en développement ». C’est entre autres pour ça que l’Inde et l’Afrique du Sud avait demandé à l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de suspendre certaines sections de l’Accord sur les Aspects des droits de propriété intellectuelle qui touchent au commerce.

Antonio Guterres sait que cette demande auprès de l’OMC ne lui donnera pas un « vaccin du peuple ». Elle ne fera que permettre que les vaccins soient produits sous licence dans d’autres pays. Tout ça, parce que nos gouvernements ont offert aux Big pharmas, l’exclusivité de la propriété intellectuelle de produits qu’il a financés avec les impôts et les taxes du bon peuple.

C’est maintenant que vous devez dire à Antonio Guterres que les vaccins ont été développés grâce à vos dons, vos impôts et vos taxes, pour ensuite être acheté par votre gouvernement avec vos impôts et vos taxes. Vous savez aussi que votre gouvernement n’avait pas jugé bon de négocier un Retour sur investissement.

Attendez-vous à ce que Antonio Guterres vous réponde que vous lui avez fait réalisé que la logique du fric l’avait encore une fois emporté sur ce qui devait être fait au nom du peuple. Il n’aura pas besoin de vous dire que vous lui avez fait comprendre que son projet de « vaccin du peuple » n’était qu’un autre bullshit pour confondre les sains d’esprit les plus avisés.

Dites à Antonio Guterres que vous n’aviez pas besoin de moi pour élaborer des arguments pour interpréter le tweet de Eva Bleekeer, ni pour dénoncer les inconduites de notre élite en faillite. Il comprendra que, de temps en temps, ça nous fait du bien d’ouvrir les yeux avant de cracher le morceau.

Les informations financières contenues dans ce texte sont présentées en dollars canadiens.

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