Après l’assassinat du Président Jovenel Moïse, le gouvernement américain a désigné Daniel Foote comme Envoyé spécial pour Haïti. Il a démissionné le 22 septembre 2021 pour protester contre le traitement inhumain fait aux demandeurs d’asile haïtiens qui étaient entassés sous un pont au Texas. Mais ce qui a capté mon attention, c’est une phrase percutante déposée presqu’à la fin de sa lettre de démission avec laquelle Daniel Foote a flanqué une solide calotte aux autorités américaines et une jolie mornifle sur la gueule des Canadiens.

Daniel Foote a écrit que ceux qui prétendent être les amis d’Haïti devraient comprendre que ce dont les Haïtiennes et les Haïtiens ont besoin, c’est la possibilité de déterminer sans contraintes l’avenir de leur pays et la liberté de choisir leurs leaders. Pour bien s’assurer de se faire comprendre, il a synthétisé sa pensée en écrivant : « The hubris that makes us believe we should pick the winner again, is impressive. »

Avec cette sentence, Daniel Foote a confirmé qu’il n’y a jamais eu d’élections en Haïti, mais plutôt une série de tartuferies pour permettre aux vrais maîtres du pays de choisir leurs valets. Il a soutenu que c’est avec arrogance et suffisance que les Américains imposent leurs soubrettes sans égard de l’opinion de l’électorat haïtien. Daniel Foote est le premier haut fonctionnaire américain à admettre ce que tout le monde sait et que les Américains et leur principal coaccusé n’ont jamais démenti.

Depuis 2006, les États-Unis et le Canada financent les élections haïtiennes. Il ne faut surtout pas voir leurs dépenses comme de l’aide internationale, de l’aide à l’implantation de la démocratie représentative. Non. C’est tout, sauf ça. Il s’agit d’un placement pour lequel ces pays tentent de maximiser un retour sur investissement en choisissant eux-mêmes, le gestionnaire de portefeuille. La « nomination de convenance » de Michel Martelly comme Président d’Haïti est l’exemple le plus flagrant de ce vaudeville.

Quelques semaines après le tremblement de terre de 2010, les États-Unis et le Canada avaient réclamé la tenue d’élections en pleine crise sociale, politique, économique et sanitaire. Malgré quelques irrégularités, au premier tour, les observateurs internationaux avaient entériné la victoire de Myrlande Manigat devant Jude Célestin. Quelques jours plus tard, les États-Unis et le Canada avaient contesté le score de Jude Célestin.

En bon serviteur, une délégation de l’Organisation des États américains (OEA) était débarquée à Port-au-Prince pour inventer des résultats conformes aux désidératas de leurs puissants maitres. Pour permettre à Michel Martelly de passer au deuxième tour, l’OEA avait retranché 17 220 voix à Jude Célestin. Crédité de 20% des voix au premier tour, Michel Martelly avait remporté le scrutin avec 67,57% des votes.

Le Center for Economic and Policy Research (CEPR) avait conclu que les résultats de cette mascarade étaient statistiquement erronés. De toute évidence, au pinacle de leur condescendance, les États-Unis et le Canada n’avaient pas pris le temps de commander des résultats possiblement plausibles, potentiellement possibles, présumément probables.

Pour corroborer l’analyse du CEPR, Pierre-Louis Opont qui était coordonnateur du Conseil électoral avait été contraint d’admettre que les résultats que son bureau avait compilé et transmis, n’étaient pas ceux qui avaient été officialisés et publiés. Il avait confirmé que Michel Martelly avait été titularisé par le caciquat avec la complicité des quelques aspirants laquais domesticables.

Pour donner raison à Daniel Foote, l’administration américaine a ouvert les portes et les tiroirs du bazar à discrédit et sorti tout son attirail à noircissement. La porte-parole de la Maison blanche, Jen Psaki, est montée au podium pour dire que l’Envoyé spécial n’avait jamais soulevé de préoccupations concernant les dossiers d’immigration et que ce ne sont pas les occasion qui ont manqué. Pourtant, dans sa lettre de démission, Daniel Foote ne parle pas d’immigration mais d’expulsions sauvages. Si vous voyez la nuance, Jen Psaki itou.

Pour le peinturer d’une autre couche de merdouille, Ned Price, porte-parole du State Department a prétendu que c’est plutôt le refus d’envoyer de troupes américaines en Haïti qui a provoqué la colère de Daniel Foote. Ned Price a ajouté que si cette demande de l’Envoyé spécial a été rejetée, c’est parce qu’elle va à l’encontre du projet d’implantation de la démocratie en Haïti.

Pour ne pas admettre que les prétendus amis d’Haïti ont pour politique de favoriser des candidats pour en faire des marionnettes, pour ne pas avoir à contredire une vérité de La Palisse, tous ceux qui ont décortiqué la lettre de démission de Daniel Foote, ont fait semblant de ne pas avoir ressenti la jambette sur leur escampette et surtout cette coquette coup de languette qui leur est faite.

Pour immortaliser l’immoralité des amis, pour calomnier la calamité des copains, comme si de rien n’était, le 4 août dernier, vingt-huit jours après l’assassinat de Jovenel Moise et dix jours avant le dernier tremblement de terre, le ministre des affaires étrangères du Canada, Marc Garneau, a ordonné à Ariel Henry, le Premier ministre illégitime d’Haïti, d’organiser des élections avant la fin de 2021, et ce, une fois de plus, en pleine crise sociale, politique, économique et sanitaire.

Si vous le croisez avant moi, demandez à Marc Garneau le nom du prochain Président d’Haïti, celui qu’il compte mandater pour consolider cette voyoucratie implantée par Michel Martelly, ce brigandage qui pousse à l’exil.

En concluant sa lettre avec cette phrase, Daniel Foote confirme que c’est cette politique de l’autolâtrie qui tonifie des crises sociales, politiques, économiques et sanitaires qui ont une incidence catastrophique pour Haïti, les États-Unis et ses voisins, dont le Canada.

Si je le croise avant vous, je dirai à Daniel Foote que vous savez déjà que cette catastrophe se mesure par le nombre de desperados qui quittent Haïti pour aller subir l’humiliation et l’avilissement… sous un pont au Texas.

 

Frédéric Boisrond