Le 9 mai, j’ai transmis une lettre aux chefs des principaux partis en lice aux élections d’octobre 2022 pour les inviter à inscrire dans leurs promesses électorales, la nomination d’une femme à la plus haute fonction de notre démocratie parlementaire, la présidence de l’Assemblée nationale du Québec.

Le 1er juillet 2022, marquera le 155e anniversaire de l’Assemblée nationale. Depuis la création de cette institution en 1867, les parlementaires ont confirmé la nomination de 44 hommes à la présidence. En mars 2002, Louise Harel est devenue et reste jusqu’à ce jour, la seule femme à avoir accédé à cette prestigieuse fonction, la seule à avoir fait exploser le plafond de verre, cet ensemble d’obstacles discriminatoires invisibles, qui de toute évidence s’est refermé derrière elle à double tour.

Pour le 155e anniversaire de cette institution, j’ai demandé à nos leaders politiques de faire front commun pour corriger l’histoire. Je leur ai demandé de confier la gestion des délibérations et l’arbitrage des débats, à une élue. Ainsi, ils confirmeront, qu’à leurs yeux, une femme est capable de diriger et d’administrer l’Assemblée nationale et de représenter l’institution sur la scène internationale.

Exiger qu’une deuxième femme accède à cette fonction, c’est confirmer qu’il n’y a pas de limites à la participation pleine et entière des femmes dans les affaires de la cité. C’est une autre façon de rappeler aux filles, nos leaders de demain, que leur engagement politique est essentiel, attendu et débarrassé de toutes entraves. C’est leur certifier que leur contribution est indispensable pour nous permettre de surmonter les grands défis auxquels notre société est confrontée. C’est aussi ça la démocratie.

Il est vrai que la prochaine présidente de l’Assemblée nationale sera élue via un scrutin secret. Mais si tous les partis acceptent de désigner ou d’appuyer la candidature d’une femme, nos 125 représentantes et représentants n’auront qu’à choisir la plus compétente d’entre elles. C’est pas une job de gars!

Puisqu’il faut le rappeler, au-delà des compétences généralement reconnues, seulement deux conditions sont requises pour être présidente de l’Assemblée nationale : la neutralité dans l’exercice de la fonction et la légitimité qui est d’office confirmée par le droit de siéger. C’est pas une job de bras!

Je sais que vous allez me dire que c’est en 1961 que Claire Kirkland-Casgrain est devenue la première femme à siéger à l’Assemblée nationale. Sauf que 61 ans plus tard, elles représentent 44% des parlementaires. Elles occupent 55 des 125 sièges disponibles. Elles ne sont pas toutes ministres ou cheffe de l’opposition officielle. J’ai tourné ça de tous bords, de tous cotés, je n’ai trouvé aucune excuse pratique dans le grand registre des échappatoires. Il nous reste juste à admettre que ça n’a pas de maudit bon sens.

Le Conseil du statut de la femme dit que la culture des partis et des institutions est chargée d’obstacles qui nuisent à l’implication des femmes en politique. Même si je le pense, pour ne pas éveiller les susceptibilités, je ne me risquerai pas à dire que la sous-représentation des femmes à la présidence de l’Assemblée nationale relève d’une misogynie systémique guidée par la culture de retranchement de l’un des derniers bastions supra-masculins du Québec. Pour éviter qu’un simple mot ne fasse déraper le débat, je me contenterai de dire…Ça n’a pas d’allure!

Dans ma lettre du 9 mai, j’ai demandé à Mme Anglade, M. Legault, M. Nadeau-Dubois, M. St-Pierre Plamondon et M. Duhaime de signifier clairement aux Québécoises et aux Québécois leur intention de bousculer les pratiques actuelles, de décadenasser les barrières pour que l’on puisse atteindre une représentation significative des femmes à la plus haute et à la plus ancienne fonction de notre démocratie représentative. Je les ai invité à provoquer un changement de culture.

Maintenant que vous avez compris que la présidence de l’Assemblée nationale est la chasse-gardée des hommes, il est possible que vous ressentiez une sorte d’inconfort embarrassant. C’est ce qui arrive quand soudainement, on réalise qu’on n’avait pas pris le temps de regarder vers le haut.

Oui, je sais. Il arrive parfois qu’il soit plus confortable de faire semblant de ne pas voir le plafond du blockhaus, surtout s’il est en verre… trempé.