L’histoire retiendra que jusqu’à sa démission le 14 janvier 2026, François Legault a été le seul premier ministre au Canada à refuser de reconnaître l’existence du « racisme systémique ». Et il a tout fait pour vous embobiner dans sa fourberie. Le premier ministre du Québec a été jusqu’à inventer une démarche d’utilisation d’un dictionnaire qui bafoue la logique enseignée en deuxième année du primaire. Faut le faire ! Je vous invite à explorer les limites de sa démagogie, une approche réductrice face à un enjeu capital pour la cohésion sociale.

Lorsqu’est venu le moment de définir le racisme systémique, François Legault n’a pas cherché la définition du concept dans des études, des thèses, des encyclopédies, ni même sur Wikipédia. Il a sorti son dictionnaire. Avant d’ouvrir son Petit Robert, il s’est convaincu que la meilleure façon de définir un concept consistait à disséquer chacun de ses mots. Puis, il y a lu : « Systémique : relatif à un système dans son ensemble ». C’est tout ce dont il avait besoin pour faire de la petite politique, pour vous passer une p’tite vite.

Le 2 octobre 2021, en conférence de presse, François Legault a déclaré que, selon la définition du mot « systémique » tiré de son Petit Robert, on ne peut pas dire qu’il y a au Québec, un système raciste. Notons que personne, absolument personne n’a jamais avancé qu’il y avait au Québec un système qui manufacture, entretient, nourrit, fait l’élevage et restaure de racistes. Personne. Qu’à cela ne tienne, le premier ministre du Québec avait trouvé dans son dictionnaire les justifications plus insuffisantes qu’insignifiantes pour appuyer une démonstration plus boiteuse que bancale, plus déglinguée que loufoque.

Se fiant à une définition qui s’applique à la mécanique, François Legault a expliqué que, pour lui, un système, c’est quelque chose qui part d’en haut. Devant des journalistes plus aphasiques que stupéfaits, il a déclaré : « Prenons par exemple le système de santé. Est-ce qu’il existe une directive venue d’en haut, transmise à tout le réseau, disant : soyez discriminatoires dans votre traitement des Autochtones ? » Pour François Legault, pour moi, pour vous, pour tout le monde, la réponse est non. Évidemment. On vaut mieux que ça.

François Legault a ajouté que, s’il se mettait à la place des Autochtones victimes de préjugés ou de racisme, il pourrait comprendre qu’on finisse par se dire, face à des discriminations répétées : « Ben voyons donc, il doit bien y avoir un système organisé d’en haut qui traite les Autochtones différemment ». Il n’y a rien de tel que de se mettre à la place de l’autre pour prendre conscience de l’opprobre qu’il endure et de l’humiliation qu’il subit. Néanmoins…

Avant de se mettre à la place de l’autre, il est toujours plus enrichissant et productif de commencer par connaître l’avis de cet autre dont on veut saisir la perspective. Si le premier ministre du Québec avait interrogé les Autochtones et effectué un minimum de recherches sur leurs préoccupations, il aurait fort probablement appris de ses concitoyennes et concitoyens que des vestiges de périodes sombres de leur douloureuse histoire imprègnent encore la culture de nos organisations. Il arrive encore trop souvent, que ces reliquats conditionnent nos comportements, qui peuvent être inconsciemment racistes. By the way…

Saviez-vous que « Petit » n’est pas le prénom de Robert ? Et bien non. Le Petit Robert, comme le Petit Littré et le Petit Larousse, tire son nom de sa concision. Ce ne sont pas pour autant des dictionnaires pauvres et faméliques en contenu qui ne vous proposent qu’une seule définition d’un mot.

Convaincu que François Legault avait choisi de ne voir que la définition qui faisait son affaire, je suis allé fouiller dans le même Petit Robert que lui. Si François Legault avait pris la peine de lire, un peu plus bas, il aurait découvert que systémique signifie aussi « inhérent à un système social donné ». Pour en préciser le sens, le dictionnaire prend même soin de donner en exemple l’expression discrimination systémique.

Contrairement à ce que François Legault voulait vous faire croire, le racisme systémique n’est pas un système raciste. Avec ou sans dictionnaire, tout le monde sait que le racisme systémique est le racisme qui perdure dans la culture des organisations, même quand il n’y a plus un seul raciste dans les entourages. C’est cette culture qui nous pousse à adopter des comportements discriminatoires non intentionnels, des attitudes racistes inconscientes qui créent et maintiennent des inégalités au profit d’un groupe dominant et au détriment des Autochtones et des minorités culturelles et ethniques.

Un leader conséquent se doit de combattre sans relâche cette culture toxique, pour contrer la normalisation de comportements individuels dégradants et avilissants. Un leader qui nie l’existence du  racisme systémique avec des arguments fallacieux, valide, cautionne et se fait complice de ses concitoyennes et concitoyens qu’il autorise à trouver leur confort dans l’indifférence mécanique qui les pousse à clamer : « On a toujours fait comme ça ». C’est normal puisque la justification part d’en haut. 

Et maintenant, je vous propose un exercice pour vous permettre de saisir l’absurdité de la démagogie de François Legault.

Prenez votre Petit Robert et cherchez la définition du mot « Révolution ». La première réponse que vous avez trouvée est « Retour périodique d’un astre à un point de son orbite. » Par contre si vous allez aux propositions suivantes, vous apprendrez que « Révolution » est « l’ensemble des événements historiques survenant lorsqu’un groupe renverse le régime en place et provoque des transformations profondes dans la société ». Pour moi, pour vous, pour tout le monde : cette définition est la plus logique pour commencer à qualifier la transformation sociale qu’a connu le Québec dans les années 60.

Tournez les pages de votre Petit Robert jusqu’à ce que vous trouviez la définition du mot « tranquille ». Vous y apprendrez qu’il s’agit d’un « moment où se manifestent un ordre et un équilibre qui ne sont affectés par aucun changement soudain ou radical ». Même si on ne définit pas un concept mot à mot, avec un minimum de bonne volonté et d’honnêteté intellectuelle, vous finirez par donner un sens logique et cohérent à l’expression « Révolution tranquille ».

Si vous aviez appliqué la même logique que le premier ministre du Québec, vous auriez conclu que la Révolution tranquille se résume à la rotation paisible et ininterrompue d’un astre dans le temps. Au risque de me répéter, la meilleure méthode pour comprendre un concept est de consulter des études, des thèses, des encyclopédies, voire même Wikipédia.

Comme l’a écrit Michel C. Auger dans La Presse du 6 octobre 2021, dans les faits, François Legault s’est fait prisonnier de son vocabulaire « et la définition trop étroite du Petit Robert ne lui sera d’aucun secours dans un dossier qui demande justement un peu de largeur d’esprit  ». Le Petit Robert définit cette largeur d’esprit comme la vivacité, la finesse et l’ingéniosité dans la façon de concevoir et d’exposer ses idées, de maîtriser l’esprit plutôt que la lettre.

Le Petit Robert se targue de faire du langage sa passion et affirme qu’à force de manier les mots, on acquiert plus d’aisance dans l’expression de la pensée. C’est tout le contraire du concept « faire de l’esprit »… surtout quand c’est notre premier ministre qui, au nom du peuple, accouche d’un tel bullshit.

C’est du grand François !