Commentant la photo de la mairesse de Longueuil, Catherine Fournier, montrant son baby bump en couverture du magazine Clin d’œil de février-mars 2026, Patrick Lagacé, animateur au 98,5 FM, a déclaré : « Je n’ai pas souvenir d’une politicienne, en tout cas pas au Québec, qui ait posé comme ça ». Moi non plus Patrick. Mais, ça ne me surprend pas. On en a encore pour longtemps comme ça. Je t’explique.

En 2018, le Groupe Femmes, Politique et Démocratie a fait parvenir un questionnaire à 98 députées et ex-députées québécoises de la Chambre des communes. J’ai constaté dans leur rapport que 15 des 24 personnes ayant transmis leurs réponses, avaient plus de 40 ans au moment de leur première élection. L’âge moyen auquel ces femmes ont été élues est de 43 ans. Si 58% d’entre elles avaient déjà des enfants lors de leur première élection, sache que 47% d’entre elles, avaient des enfants d’âge adulte.

Puisqu’en, 2018, Karina a été la toute première élue fédérale à bénéficier d’un congé de maternité depuis 1867, ces données pourraient nous laisser croire qu’une femme ne fait pas de la politique active tant que la table à langer n’est pas rangée, tant que les crises d’adolescences ne sont pas choses du passé. On serait tenté de croire que la majorité d’entre elles se sont portées candidates lorsque la marmaille a abandonné le bercail. Ça c’est pour le fédéral. Passons au provincial.

L’élection générale d’octobre 2022 a fait entrer 58 femmes à l’Assemblée nationale, un sommet dans l’histoire de notre démocratie représentative qui a pris naissance en 1792. Par contre, seulement 9 d’entre elles avaient moins de 39 ans. Les 49 autres dépassaient 40 ans. Toute catégorie confondue, l’âge moyen de ces femmes s’élève à 49,4 ans. T’as compris qu’à cet âge, la probabilité d’être grand-maman est plus élevée que celle d’avoir un premier enfant.

Dans Portrait statistique des parlementaires publié sur le site de l’Assemblée nationale, j’ai découvert que la moyenne d’expérience parlementaire des femmes est de 30 mois. Ô surprise ! Pour les hommes, elle est de 63 mois. C’est un peu plus que le double. Voilà une autre donnée qui pourrait nous laisser croire qu’une femme, ne se lance en politique que quand la famille est faite. À moins que ceux qui sont debout sur le plancher de verre, déploie leur « pare-femme » dès qu’elle se cogne la tête sur les solives. Maintenant, passons au municipal.

Selon la Fédération québécoise des municipalités, aux élections municipales de 2021, sur les 1 102 personnes élues aux postes de maire, seulement 257 étaient des femmes. Comme si le leadership féminin devait attendre la sagesse des tempes grises, leur âge moyen est de 57,8 ans. Rendu là, la probabilité de prendre sa retraite est plus élevée que celle d’acheter une nouvelle poussette.

Par ailleurs, je te fais remarquer que seulement 33 des 257 mairesses élues en 2021 avaient moins de 34 ans, le groupe d’âge de Catherine. C’est l’âge où la probabilité de laver les tétines du petit est plus élevée que celle de se frictionner les rotules avec de l’Antiflogistine pour sortir du lit. À moins qu’effrayés par l’ascension de jeunes femmes, ceux pour qui le plafond de verre est un plancher, l’ait recouvert de béton armé. Justement… Écoute ça Patrick.

La Fédération québécoise des municipalités note dans « Femmes élues : La politique autrement », un document publié le 29 février 2024 que, malgré une présence croissante des femmes en politique, elles font face à un système inadapté à leurs multiples rôles quotidiens. Audrey, première mairesse de Saint-Félix-de-Valois, y souligne que le système a été conçu pour les élus masculins des années 1980. Cette mère de deux enfants n’est pas la seule à préciser qu’elle ne pourrait répondre aux exigences de sa fonction sans l’appui d’un conjoint conciliant. Je t’entends conclure que cette fonction serait très difficilement accessible à une mère monoparentale.

Ceci dit, mon cher Patrick… la probabilité que nous ayons croisé une élue enceinte au Québec est très mince. Oui, il y a eu Émilise et Jackie, Pauline et Christine, Geneviève et Marie-Ève, Marwah et Madwa-Nika. Néanmoins, comme tu peux le constater, la très grande majorité des femmes en politique, tant au niveau fédéral, provincial que municipal, ont largement dépassé 40 ans, l’âge quasi-limite pour procréer. On n’y peut rien. À quelques exceptions près, la biologie humaine reste implacable et imperturbable.

Réjouissons-nous de ce beau cadeau que nous fait Catherine. On n’a jamais autant eu besoin de bébés. La fécondité a atteint un niveau historiquement bas au Québec en 2024, soit de 1,34 enfant par femme. Nous savons, toi et moi, que pour se renouveler, ce taux doit être de 2,1 enfants par femme en âge de procréer. Oui, c’est comme ça. Tant que la nature exigera qu’on se mette à deux pour faire des bambins, « pour le pays, pour la patrie », pour nos ancêtres, pour ne pas disparaître, il faudra donner vie à au moins deux êtres humains.

Restons du côté de chez Catherine. Dans le Bulletin sociodémographique de décembre 2025, l’Institut de la statistique du Québec nous apprend que de 2021 à 2023, l’indice de fécondité de la MRC de Longueuil était de 1,48 enfant. L’âge moyen de la mère était de 32,2 ans. Catherine a 33 ans. On parle ici de fécondité tardive. De ce fait, la probabilité que la  « mèresse » ait un deuxième poupon, si c’est son souhait, diminue avec l’âge auquel elle donnera naissance à son premier nourrisson.

Tu m’as dit que tu n’avais jamais vu une politicienne québécoise poser comme ça. Moi non plus. Tu m’as aussi fait remarquer que ce sont surtout les vedettes qui exposent leur grossesse dans les médias. Effectivement, Patrick, tu as raison. Mais, tu admettras que cette image de Catherine à la une de Clin d’œil, fracasse le tabou austère de la femme politique vêtue d’un tailleur bleu. Catherine a ses raisons. J’ai lu dans La Presse du 22 septembre 2025 qu’elle voulait « envoyer un petit clin d’œil aux employeurs qui hésitent à embaucher ou à promouvoir une femme désireuse d’avoir un enfant ». J’espère qu’avec cette photo à la une du Clin d’œil, elle réussira à ouvrir les yeux des sains d’esprit.

Et moi, je me dis que si Rihanna et Florence K, Madonna et Alexandra, Janet et Beyoncé, des femmes aux agendas surchargés, ont exposé leur baby bump, il n’y a aucun doute dans notre esprit, que Catherine aussi est libre de gérer son image pour faire passer ses messages, tant que, comme ces stars, ça ne l’empêche pas de donner le meilleur d’elle-même sur la scène… politique.

Là-dessus, nous n’avons aucun doute.

Iris Chabot, Naélie Bouchard-Sylvain, Esther Lapointe, Profil des élues québécoises à la Chambre des communes du canada, Groupe Femmes, Politique et Démocratie, 2018, Site Internet : www.gfpd.ca Bulletin sociodémographique
Elorri Jorajuria, Martine St-Amour, Bulletin sociodémographique, Volume 29, numéro 4 | Décembre 2025, Institut de la Statistique du Québec
Institut de la statistique du Québec, Des écarts de fécondité notables entre les régions et les MRC du Québec, https://statistique.quebec.ca/fr/communique/ecarts-de-fecondite-notables-entre-regions-et-mrc-du-quebec
Assemblée nationale du Québec, Portrait statistique des parlementaires, https://www.assnat.qc.ca/en/deputes/statistiques-deputes.html