Le 14 février 2026, Guillaume Cliche-Rivard (QS) et à Alex Boissonneault (PQ) sont allés débattre du Programme d’expérience québécoise (PEQ) à l’émission Tout peut arriver de la Première chaine de Radio-Canada. Le PEQ est un mécanisme qui permet à des professionnels ciblés et des diplômés étrangers de se qualifier pour un Certificat de sélection du Québec, ce qui mène vers la résidence permanente. Marie-Louise Arseneault leur a posé une question tout simple :

« Pourquoi l’immigration occupe-t-elle aujourd’hui autant de place dans le discours public ? »

Aucun des deux députés ne s’est risqué à esquisser la moindre réponse. Ils ont préféré se dorloter dans le confort du cafouillage et de la cacophonie que leur offrait l’interprétation confuse de leurs données respectives sur le PEQ.

Et si la réponse à la question de l’animatrice était plus simple que la question ?

Jusqu’en 2015, pour gagner une élection, il fallait faire des promesses à la classe moyenne. En ce temps-là, tout allait bien, puisque 90% des Canadiennes et des Canadiens étaient convaincus de ne pas être riches. Ces mêmes personnes étaient aussi convaincues de ne pas être dans-l’trou. Sauf qu’au quotidien, tout ce beau monde qui vivait d’un chèque de paie à l’autre, était terrifié par la peur d’être pauvre. Puisqu’ils craignaient le jugement que d’autres trouillards pouvaient porter sur eux, soucieux et stressés, ils s’endettaient pour ne pas avoir l’air de faire partie de la gang qui a peur d’avoir l’air pauvre. Leur faux-semblant acheté à crédit, leur donnait la liberté de juger d’autres qui se hasardaient au moindre écart aux règles du faire-semblant.

Dans mon deuxième livre « Ferme les yeux, ouvre la bouche, avale », j’ai écrit que « vous faites partie de la classe moyenne si, pour vous, la probabilité d’être pauvre est plus élevée que celle de devenir riche ». Pour capturer votre vote, il suffit aux politiciens de vous promettre de conjurer cette foutue peur d’être dans la dèche.

C’est cette même trouille qui vous a cadenassé à tout politicien jurant de mettre plus d’argent dans vos poches. Mais une fois le calcul fait, vous avez découvert que vous avez reçu des « peanuts » sur lesquelles vous avez dû payer des impôts et des taxes alors que tout coûte une beurrée. Donc, rien pour apaiser votre angoisse de déclassement social. Sauf que…

Aujourd’hui, la probabilité de devenir pauvre est plus élevée qu’en 2015. Vous avez encore plus peur d’être sans-le-sou qu’auparavant. À court d’arguments, les politiciens veulent vous convaincre que ce sont les immigrants, leurs boucs émissaires de service, qui vous volent des logements qui n’ont pas été construits, des places en garderie pour des enfants que vous n’avez pas eus, et qui font augmenter votre temps d’attente dans des urgences débordées depuis des siècles et des siècles. Et pourtant…

L’Institut de la statistique Québec avance qu’au 1er janvier 2025, sur les 617 000 résidents non-permanents qui vivaient au Québec, près de 436 000 avaient un permis de travail ou un visa d’étudiant. Ce ne sont donc pas des envahisseurs. Ce sont des invités du gouvernement fédéral. De plus, la moitié des immigrants permanents admis au Québec en 2024 avaient préalablement eu un statut de résident non permanent. Ça veut dire que votre gouvernement provincial a ciblé et sélectionné des pépites avant de piger la crème de la crème dans un bassin d’élites. On ne parle pas ici de cueilleurs de pommes et de fraises, de cueilleuses de poires et de framboises. Non. Il s’agit d’une immigration triée sur le volet. Et là, vous vous mettez à croire que seuls les 181 000 demandeurs d’asile étaient des non-invités. Pa si vite !

La possibilité de demander l’asile au Canada découle de l’adhésion de votre pays à la Convention de 1951 relative au statut des réfugiés, ainsi qu’à son Protocole de 1967. Le principe est clair : « un réfugié ne devrait pas être renvoyé dans un pays où sa vie ou sa liberté sont gravement menacées ». D’autant plus si le Canada reconnait que ce pays est dangereux. Justement…

Dans ses conseils aux voyageurs, le gouvernement du Canada dit d’éviter tout voyage en Haïti « en raison de la menace que représentent les enlèvements, la violence reliée aux gangs et les possibles troubles civils dans l’ensemble du pays ». Il est déconseillé de voyager au Bengladesh parce que la situation peut dégénérer à tout moment. De ces faits, le taux d’approbation pour les ressortissants haïtiens est de 72 % celui des ressortissant du Bengladesh est de 82 %.

Par ailleurs, tant et aussi longtemps que le Québec fera partie du Canada, les demandeurs d’asile seront en droit de frapper à nos portes. Au lendemain du grand soir, il reviendra aux dirigeants de notre nouvelle nation de vous faire savoir s’ils comptent signer ou non la Convention de 1951. J’espère qu’il n’égareront pas en chemin la compassion qui nous distingue et la solidarité humaine qui nous caractérise.

La peur d’être pauvre qui a nourri la propagande de la classe moyenne ne fonctionne plus. Désormais, pour gagner des élections, il est plus rentable de vilipender les immigrants avec des discours qui ravitaillent la méfiance obscure des insécures, des harangues qui égayent la paranoïa primaire des gens ordinaires. Vos politiciens veulent vous faire croire que les immigrants sont ici pour voler votre identité, votre langue, vos valeurs. Leur objectif ultime est de vous faire disparaître. Et bientôt, vous, les Blancs, serez la minorité visible dans votre propre pays. J’avoue que l’idée de ne plus être maîtres chez-nous est terrifiante. C’est encore plus effrayant que la peur d’être perçu comme un tout-nu.

Voilà pourquoi désormais, fédéralistes et indépendantistes, à gauche comme au centre, à droite comme dans l’champ, tout le monde se présente comme nationaliste, des nationalistes inquiets de la menace que représente celles et ceux qu’ils ont invité chez-vous, des nationalistes qui se refusent leur propre évidence : l’étiquette ethnique. Pour obtenir votre vote, ils vernissent votre peur d’une inquiétude patriotique et alimentent votre intolérance par de dangereux discours de patriotards. Leur propagande fonctionne puisque vous avez oublié que votre plus grande peur c’est de tomber dans la pouillerie si votre prochaine paie ne rentre pas.

Ceci dit, à la question de Marie-Louise Arsenault, pourquoi l’immigration occupe-t-elle aujourd’hui autant de place dans le discours public, la réponse que Guillaume Cliche-Rivard et Alex Boissonneault auraient dû donner est la suivante :

« L’immigrant est cet autre, combien nécessaire à la construction de la peur de l’autre. »

Aujourd’hui, il n’y a rien de plus payant pour celles et ceux qui veulent se faire élire que de casser du sucre sur le dos des immigrants. Parce que depuis 2015, ici comme ailleurs, la recette pour remporter des élections est de diviser pour gagner, diviser le Nous-autres des Eux-autres pour régner.

C’est aussi simple que ça !