Les Américains et les Iraniens se livrent à une course contre la montre pour retrouver l’officier navigateur d’un chasseur F-15E Strike Eagle descendu par l’armée iranienne. Il a été abattu par le système de défense antiaérienne des Gardiens de la Révolution, que Donald Trump disait avoir anéanti. Il ne fait aucun doute que les Américains ont l’obligation de sauver un des leurs. Ça va de soi. Évidemment, les Iraniens pourraient utiliser ce soldat comme monnaie d’échange ou levier de négociation. Mais ce ne sont pas ces scénarios qui le plus, font frémir Donald Trump. Il y a plus cauchemardesque que ça.

Il y a deux scénarios qui font perdre une guerre quand un soldat est porté disparu. D’abord, une opinion publique qui se lasse de voir le chef de l’État de noir vêtu sur le tarmac d’un aéroport, l’air contrit, accueillir un autre cercueil drapé du drapeau national, tentant de réconforter une mère larmoyante et bouffie, sanglotante et démolie par la perte de son enfant. Mais…

Ce que craint réellement le président américain, c’est que, vivant, son soldat soit capturé par l’ennemi, pour être instrumentalisé à des fins de propagande. À l’ère de l’image, que son soldat soit exhibé devant les caméras, relayé en continu sur les médias sociaux, serait une catastrophe pour Donald Trump. C’est le genre de truc qui lui ferait perdre la face et le peu d’appui que lui offre l’opinion publique. C’est ce scénario cauchemardesque qui s’était déroulé en Somalie.

Le 3 octobre 1993, dix-huit soldats américains ont perdu la vie lors de la célèbre « Bataille de Mogadiscio ». Diffusées en boucle à la télévision, des images glaçantes, terrifiantes et insoutenables de corps brûlés et mutilés, dont deux traînés dans les rues par les miliciens somaliens, ont choqué et indigné l’opinion publique américaine. Arrivé au pouvoir quelques mois plus tôt, Bill Clinton, qui avait hérité de cette opération lancée par George H. W. Bush, a ordonné le retrait complet des troupes dans la honte et la douleur. La superpuissance a été humiliée sur la scène internationale et avilie sur la scène nationale.

Dans le film « Black Hawk Down » (2001), réalisé par Ridley Scott, les faits de la « Bataille de Mogadiscio » ont été réinterprétés pour transformer les soldats américains en héros consentant au sacrifice ultime. Rien à faire. Cette tactique de contre-propagande assumée, visant à restaurer l’image de l’armée américaine après une défaite aux mains d’une bande de va-nu-pieds, n’a pas réussi à effacer le traumatisme national.

Aujourd’hui, Washington doit redouter que son soldat disparu en Iran ne tombe dans les mains des Gardiens de la Révolution et ne soit lui aussi, instrumentalisé à des fins de propagande. D’ailleurs, les autorités iraniennes ont appelé la population à ne lui faire aucun mal s’il est retrouvé vivant. Ce n’est pas pour rien qu’elles offrent une récompense de 60 000 $ pour sa capture. Cette prime, qui équivaut à près de 12 fois le salaire annuel moyen d’un Iranien, démontre à elle seule l’importance de l’enjeu : transformer un simple soldat en trophée pour humilier Donald Trump et indigner les Américaines et les Américains.

L’armée américaine a dépêché toute une armada afin de secourir son soldat. Dans son édition du 4 avril 2026, le journal Le Point avance que « deux hélicoptères UH-60 Black Hawk participant aux recherches ont été touchés, avant de réussir à quitter l’espace aérien iranien ». Un autre avion, un A-10 Thunderbolt, a été abattu par les forces iraniennes. L’enjeu était capital. Heureusement, le pilote a été secouru.

À la veille des élections de mi-mandat de 2026, la diffusion d’une humiliation sur le champ de bataille, dans le cadre d’une guerre illégale, impopulaire et catastrophique pour l’économie américaine, aurait marqué un tournant décisif pour le président américain.

L’autre scénario, moins malheureux celui-là, est que l’officier navigateur a été retrouvé gravement blessé par les forces spéciales américaines, et ramené en territoire ami à bord d’un hélicoptère Black Hawk UH-60. Il y a de quoi permettre à Ridley Scott de réaliser un autre blockbuster de propagande héroïque sur l’armée américaine, sans avoir, cette fois-ci, à trop altérer les faits.

Ouf ! Un autre soldat Ryan a été sauvé pour protéger l’honneur de la puissante Amérique. Vite, ramenez le à sa maman qui pourra enfin sécher ses larmes.