Le 7 avril 2026, le Washington Post a rapporté que Donald Trump avait donné à l’Iran jusqu’à 20h00 heure de l’Est pour se conformer à son ultimatum. Sinon : « A whole civilisation will die tonight, never to be brought back again ». Il a ajouté que la probabilité que ça arrive est élevée et ça se fera en une nuit. Il a fini par reconnecter avec la réalité 90 minutes avant son intimation. Mais, ça n’a rien changé aux fait qu’il a en quelques mots, dépassé les limites du raisonnable.

Je suis venu vous dire que l’Article III de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide dit que sont punissables : l’entente en vue de commettre un génocide, l’incitation directe et publique à commettre le génocide, la tentative de génocide et la complicité dans le génocide. En déballant sa volonté d’anéantir la civilisation iranienne, Donald Trump s’est positionné comme le maître à penser de l’effacement total d’un peuple. Il s’est placé en terrain miné parce que sa menace, pourrait être interprétée comme étant en soi, un crime.

Puisque la menace de Donald Trump vise un groupe national, ethnique, voire religieux, il annonce ouvertement son intention de concrétiser un génocide. Dans le cadre de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide, c’est l’intention qui compte. Le crime est donc commis lorsqu’il y a menace. Cependant, Donald Trump peut en toute impunité balancer sur l’Iran autant de bombes nucléaires qu’il souhaite, faire subir une punition collective infernale à toute sa population, effacer la civilisation iranienne, ramener ce pays à l’Âge de pierre. Il ne sera jamais inquiété pour ça. Laissez-moi vous expliquer le comment et le pourquoi.

Donald Trump a compris trop tard que l’Iran lui avait concédé la victoire militaire. Incapable de combattre le feu par le feu, ce pays lui mène une guerre économique. Avec des offensives sur les installations pétrolières des pays voisins et surtout la fermeture du Détroit d’Ormuz, les autorités iraniennes ont cherché à provoquer une flambée du coût de la vie, particulièrement en Occident. Et ça a fonctionné. Et c’est ça qui a fait perdre la tête au président américain. Déboussolé, il est désormais en dérapage incontrôlé. En fait, il a capoté.

Le 1ᵉʳ avril 2026, dans un discours à la nation, Donald Trump a menacé de ramener 90 millions d’êtres humains à « l’Âge de pierre ». Ces propos teintés d’un suprémacisme impérial sauvage, rappelle ce besoin de fabriquer une infériorité à l’autre afin de se bricoler une supériorité rassurante et réconfortante. Donald Trump a alors exprimé ce pathétique desiderata de rappeler aux Iraniennes et aux Iraniens qu’ils ne font pas partie de son monde… le monde civilisé. C’est plus qu’un présentiment, moins qu’un sentiment. À mes oreilles, ça résonne comme le son d’un raisonnement génocidaire.

Puis, le 5 avril, sur Truth Social, en détresse et désarmé, il a eu recours à l’injure, l’argument des impuissants et à l’insulte, le glaive des faibles. Il a écrit : « Open that fucking strait, you crazy bastards, or you’ll be living in hell ». Entre sa propagande haineuse et le discours génocidaire, il n’y a aucun pas. Aucun. En fait, ce vieillard confus s’est embourbé dans une guerre qu’il prétend pourtant avoir gagnée sur tous les fronts en quelques heures. Dans son dérapage hors contrôle, ce géronte déconnecté de la réalité a demandé à des leaders qu’il dit avoir assassinés de lui offrir une capitulation totale.

Je vous le redis, Donald Trump peut déclarer ce qu’il veut où il veut, tuer qui il veut quand il veut. Il ne sera jamais condamné pour génocide, crimes de guerre, crimes contre l’humanité et tout le tralala. Jamais dans cent ans. Le président américain sait qu’il ne peut être poursuivi pour ces crimes parce que les États-Unis n’ont pas ratifié le Statut de Rome. L’Iran ne l’a pas signé. Cette double absence place donc les ressortissants de ces deux pays en dehors de la juridiction directe de la Cour pénale internationale (CPI).

Dans ce contexte, seul le Conseil de sécurité des Nations unies pourrait saisir la CPI pour les crimes d’un président américain. Or, les Américains n’auraient qu’à lever la main, pointer le majeur vers le haut pour user de leur droit de veto et ainsi bloquer toute résolution visant leur président.

Et si par un curieux hasard, Donald Trump était condamné ?

Le président américain connaît parfaitement la situation de son allié de longue date, Benjamin Netanyahou, contre qui la CPI a émis un mandat d’arrêt pour crimes de guerre et crimes contre l’humanité commis à Gaza. Le Premier ministre d’Israël bénéficie d’une impunité de fait, largement entretenue par la protection politique et diplomatique de Washington. Par ailleurs, le tête-à-tête en Alaska entre Donald Trump et Vladimir Poutine, lui aussi recherché par la CPI pour crimes de guerre, illustre bien l’aisance avec laquelle le président américain complèterait un puissant « trio de fatras, de malfrats, de scélérats », trois hommes qui méprisent ouvertement le droit international et la vie humaine.

Je vous rappelle que tous les génocides, les crimes de guerre, les crimes contre l’humanité ont débuté par des discours prononcés par des hommes habités par un délire de toute-puissance, au nom de celles et ceux qui leur ressemblent. Si leurs tirades délirantes ne sont pas prises au pied de la lettre, elles finiront par nous exploser en pleine face, par nous ramener toutes et tous à cet « Âge de pierre ». Vous pouvez toujours faire semblant de ne rien comprendre mais pas de ne rien entendre.

Outre la désobéissance de ses troupes, les seules choses qui pourraient empêcher le « Commander in Chief » d’effacer la civilisation iranienne, seraient son humanisme et sa bienveillance, sa morale et sa conscience, son éthique et son gros bon sens. Sauf que…

Si j’étais à votre place, je ne mettrais pas une piastre sur les vertus de quelqu’un qui prémédite un génocide et qui le claironne à l’avance avec tant de désinvolture, d’assurance et d’insistance.