En juin 2026, j’ai entrepris une démarche auprès des élu.es de plusieurs municipalités pour leur demander de changer les noms d’une vingtaine de rues de la province qui rendent hommage à Jean-Baptiste Colbert. Le 8 septembre, j’ai adressé cette lettre à la présidente de la Commission de toponymie du Québec, Dominique Malack, pour lui démontrer que dans la notice biographique qui est consacrée à ce puissant ministre économique de Louis XIV, son équipe a, en toute connaissance de cause, choisi de ne pas mentionner son rôle dans l’élaboration du Code noir.
Cet ensemble de textes juridiques rédigés sous la supervision de Jean-Baptiste Colbert a légalisé et encadré l’esclavage dans les colonies françaises, réduit les personnes asservies au statut de bétail et autorisé leur reproduction forcée à des fins d’enrichissement de la France. Ce héros contestable que la Commission nomme « l’infatigable Colbert » a conféré aux maîtres le droit de vie ou de mort, le pouvoir de violence extrême sur le corps des personnes réduites en esclavage et sur le destin de leurs enfants.
C’est dans cet esprit que j’ai demandé à la Commission d’amender sa notice biographique et d’émettre un avis à l’intention des municipalités leur recommandant de retirer le nom « Colbert » dans leur toponymie.
Je souhaite que la Commission de toponymie du Québec, qui a délibérément et outrageusement magnifié Jean-Baptiste Colbert, fasse preuve de rigueur intellectuelle.
Madame Malack,
Le 11 juin 2026, j’ai fait parvenir à votre équipe une lettre demandant que la notice biographique de Jean-Baptiste Colbert tienne compte de son rôle dans l’élaboration du Code noir. Le 22 juin, elle m’a répondu : « Une révision de la note biographique de ce personnage pourra être évaluée ». Depuis, je n’ai constaté aucun changement sur votre site internet. Je me permets de vous relancer afin de demander formellement que la Commission de toponymie du Québec recommande aux villes et municipalités québécoises de ne plus utiliser le nom « Colbert » pour désigner des rues, des places ou d’autres voies publiques.
Voici pourquoi :
Le Code noir, qui a légalisé et encadré l’esclavage dans les colonies françaises de 1685 à 1848, a été rédigé sous l’autorité de Jean-Baptiste Colbert. Son article 44 a réduit les personnes noires au rang de « biens meubles », les a assimilé à du bétail. Cet édit signé par Louis XIV, indique en page frontispice qu’il s’agit de règles pour « la discipline et le commerce des Nègres dans les colonies françaises ». Comprenez bien que pour pouvoir atteindre son objectif d’enrichissement de la France, Jean-Baptiste Colbert a légalisé l’élevage d’êtres humains et de ce fait, légitimé le viol des femmes noires pour les rabaisser à la fonction de juments poulinières.
En faisant dépendre le statut de l’enfant de celui de sa mère, Jean-Baptiste Colbert a permis que les enfants nés de mères esclaves deviennent eux-mêmes esclaves, contribuant ainsi à l’augmentation de la population asservie, autrement dit, du cheptel de leurs maîtres. Il a réduit les hommes, les femmes noires et leurs enfants au rang de bêtes de somme. En leur accordant un statut comparable à celui des animaux d’élevage, le Code noir de Jean-Baptiste Colbert a autorisé l’achat, la vente, la location, la saisie par des créanciers ainsi que la transmission par héritage de personnes réduites en esclavage et de leur descendance. De plus, il a autorisé les maîtres à enchaîner, à mutiler, à amputer et à tuer leurs esclaves en toute impunité.
L’outrage et le bafouillage Madame Malack, est qu’en date du 8 septembre 2026, la notice biographique qui figure sur votre site internet, dit prendre pour référence la version 2025 de l’Encyclopédie canadienne. Pourtant, dans sa mise à jour du 31 janvier 2022, cette encyclopédie a révélé, dès son premier paragraphe, que Jean-Baptiste Colbert a participé « à la rédaction du Code noir qui codifie l’esclavagisme, notamment dans les Antilles et en Louisiane[1]».
L’inconcevable et l’inexplicable Madame Malack, est que l’Encyclopédie Larousse que votre équipe indique avoir également consultée, avance que Jean-Baptiste Colbert a préparé le Code noir qui, promulgué après sa mort, a règlementé la condition des personnes réduites en esclavage dans les colonies françaises.
Rigueur exige, je vous invite à consulter la Proposition de loi pour abroger le Code noir, déposée le 16 septembre 2025 à l’Assemblée nationale française qui a reconnu que « sous ce cadre juridique, une économie florissante s’est développée, fondée sur l’exploitation des esclaves au profit des maîtres, des négriers, des gouverneurs et du royaume de France lui‑même ». Vous constaterez que ce texte a attribué l’élaboration du Code noir à Jean‑Baptiste Colbert, alors secrétaire d’État à la Marine[2].
Sachez, Madame Malack, que le 21 mai 2026, Emmanuel Macron a déclaré que : « Le silence, voire l’indifférence, que nous maintenons depuis près de deux siècles à l’égard de ce Code noir n’est pas un oubli mais est devenu une forme d’offense[3] ». Et comment ? Le président français a rappelé que cet édit, promulgué sous Louis XIV, a été rédigé sous l’autorité de Jean-Baptiste Colbert.
Que votre équipe continue à présenter Jean-Baptiste Colbert comme un grand ministre de l’Économie ayant contribué à l’essor de la Nouvelle-France, sans reconnaître cette part sombre de son héritage, pourtant documentée dans des sources publiques et facilement accessibles, constitue, à mes yeux, une occultation historique difficilement défendable.
Par la présente, je vous demande Madame Malack :
-
de voir à la révision la notice biographique consacrée à Jean-Baptiste Colbert afin d’y inclure son rôle dans l’élaboration du Code noir et de préciser, entre autres, qu’il a établi des règles visant à administrer le commerce des Noir.es, leur asservissement et la transmission héréditaire de l’esclavage dans les colonies françaises;
-
de formuler une recommandation aux villes et municipalités concernées quant à l’incongruité, l’indécence et le cynisme de maintenir le nom « Colbert » dans leur toponymie.



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