Au Canada, le droit de vote, qui est au cœur de la démocratie représentative, n’a pas toujours été consenti à toutes et même pas à tous. Les lois électorales du Canada et de ses provinces ont, jusqu’à tour récemment, été construites sur des obstacles discriminatoires. Vous allez capoter quand je vous vais vous dévoiler les origines ethniques et le statut social des premières victimes de nos brillants exploits.

Entre 1867et 1885, pour avoir le droit de vote au Canada, il fallait être un homme et un sujet britannique de naissance de 21 ans révolu ayant une bonne réputation. Aussi bien dire qu’il fallait être un Blanc. Pas une Blanche. Non. Il fallait être un gars blanc, blanc comme neige.

N’allez pas croire pour autant que tous les Blancs avaient le droit de vote. Non. Nos Blancs aussi pouvaient être victimes de… racisme.

En fait, dans plusieurs provinces, le droit de vote était réservé aux Protestants de 21 ans et plus. Premiers exclus, les Canadiens-français qui étaient généralement des Catholiques. Au Nouveau-Brunswick, après 1830, les Catholiques pouvaient voter à condition de prêter serment d’allégeance au Roi et à ses héritiers protestants. Pour réduire au strict minimum la participation des Canadiens-français dans le processus électoral, Élections Nouveau-Brunswick rappelle que ces hommes devaient en plus, être propriétaires fonciers. Pourtant, c’était du monde comme nous autres.

Par ailleurs, en temps de guerre, le Canada utilisait la religion comme critère pour refuser le droit de vote. Or la confession était souvent associée à des groupes ethniques très spécifiques. Ce fut le cas pour les doukhobors, des descendants de paysans russes qui avaient le malheur de s’opposer au service militaire. Le même traitement était aussi réservé aux Huttérites et aux Mennonites, des groupes minoritaires de descendance allemande qui eux aussi, présentaient à la fois des caractéristiques religieuses et ethniques. J’ai rien contre les races, mais disons que d’être de descendance allemande en temps de guerre… ça n’a jamais aidé.

Dans l’Histoire du vote au Canada on apprend que pendant des années, les pharmaciens, les avocats et les fonctionnaires municipaux et provinciaux, devaient obligatoirement être inscrits sur les listes électorales. Pour bien imbriquer le racisme dans un système, les Canadiens d’origine japonaise et chinoise étaient exclus de ces professions, uniquement sur la base de leur origine ethnique. Mais, pour les Japonais, il y avait encore du pire que pire en réserve.

Après la déclaration de guerre des Alliés au Japon, des Canadiens d’origine japonaise avaient été internés ou expulsés. Mais comme toute première sanction, la plupart des provinces canadiennes leur avaient retiré leur droit de vote. Ils n’étaient pas les seuls. La Loi des élections en temps de guerre, adoptée par Parlement pendant la Deuxième guerre mondiale, privait du droit de vote tous les Canadiens qui étaient nés dans un pays ennemi ou qui parlaient la langue d’un pays ennemi. Si vous connaissez la liste des pays ennemis, vous avez une bonne idée des pays de provenance des Canadiens que notre nation aimait avoir pour ennemis.

Wendy Moss et Elaine Gardner-O’Toole de la Division du droit et du gouvernement, ont écrit qu’en 1885 la discrimination raciale était flagrante dans les lois électorales fédérales. Mais plusieurs lois provinciales en menaient encore plus large. À l’Île du Prince Édouard une loi de 1836 disait explicitement que le vote était réservé aux hommes et excluait ceux qui n’étaient pas de descendance britannique. Parmi ceux-là, des hommes blancs. Eux-autres, on l’sait ben !

Dès 1871, l’Article 8 de la Provincial Elections Act de la Colombie britannique accordait le droit de vote uniquement aux hommes de descendance britannique. Aussi bien dire que ce droit était réservé uniquement aux hommes blancs. Paradoxalement, les femmes et les hommes blancs ne représentaient que 29,6% de la population de cette province. J’chu pas raciste mais… Il me semble que c’était la minorité d’hommes blancs appartenant à la minorité blanche qui décidait pour la majorité. En tout cas !

Pour mesurer l’impact de l’Article 8 de la Provincial Elections Act sur les droits des Britanno-Colombiens, vous devez savoir que l‘Acte des élections fédérales de 1920, disait que « toute personne privée du droit de vote dans une province à cause de sa race est simultanément privée de ce droit au niveau fédéral ». Oui, au Canada, il était légal de priver une personne d’un droit démocratique en raison de sa race. C’est pas moi qui parle de race. C’était écrit tel quel dans la loi. Moi, je suis plus confortable avec l’expression « appartenance ethnique ».

Outre les personnes d’origine japonaise et chinoise, les Hindous étaient les premiers exclus du processus électoral de la Colombie britannique. C’est pas moi qui les appelle des Hindous. C’est comme ça que c’était écrit dans les textes de loi. C’est comme ça qu’on appelait les personnes qui venaient du sous-continent indien même si elles étaient de confession hindoue, musulmane ou autre. On ne pouvait pas les appeler des Indiens. Si vous connaissez la liste des nations qu’on appelait des Indiens, vous avez une bonne idée de qui nos gouvernements aimaient qualifier de sauvages.

N’allez surtout pas croire pour autant que tous les Blancs de descendance britannique avaient le droit de vote. Non. Nos Blancs aussi pouvaient être victimes de… discrimination sociale.

La loi électorale de 1836 de l’Île du Prince Édouard qui excluait les hommes qui n’étaient pas de descendance britannique, avait aussi servi à retirer le droit de vote à ceux de plus de 60 ans qui n’étaient pas des contribuables. Cent ans plus tard, soit jusqu’en 1936, pour voter au Québec, il fallait être un homme de 21 ans révolu qui payait des impôts. Ça s’appelle le suffrage censitaire. Aussi bien dire qu’il ne fallait surtout pas être pauvre. Aussi bien dire qu’on encourageait nos Blancs à devenir des voleurs de jobs. Aussi bien dire qu’il fallait être assez riche pour pouvoir acheter son droit de vote. Ça, c’est moi qui le dis.

Pour soutenir ce que j’avance, j’ajouterai que jusqu’en 1920, pour voter, les Canadiens naturalisés, uniquement des hommes, devaient posséder des biens imposables. Essentiellement, ils devaient être propriétaires d’une maison, d’un terrain ou d’une entreprise. À première vue, cette exigence sur les biens imposables, semblait servir à limiter l’influence des étrangers dans les affaires de la cité et à protéger nos foyers et nos droits. Ça ressemble à ça. Mais c’est plus compliqué que ça.

Dans plusieurs provinces, cette exigence sur les biens imposables s’appliquait aussi aux sujets britanniques, Nos Blancs. là aussi, elle avait pour fonction d’enlever le droit de vote aux pauvres. Ça tombait bien puisque les pauvres c’était essentiellement des ouvriers blancs, mais aussi les personnes naturalisées et les descendants d’esclaves. Mais oui. Le Canada aussi était un pays esclavagiste. C’était pas de ça que j’étais venu vous parler, mais tant qu’à être là… parlons de cette facette de notre épopée.

Avant le 1er août 1834, les Noirs du Canada étaient considérés par la loi comme des biens meubles. C’est pas moi qui le dis. C’est écrit tel quel dans L’Encyclopédie canadienne. Dans l’temps comme maintenant, les meubles ne votaient pas. Contrairement à l’Encyclopédie canadienne, je dis que les Noirs étaient plutôt traîtés comme du bétail. Maintenant comme dans l’temps, le bétail ne votait pas. C’est plate de traiter le monde de bétail. Mais, ce monde-là, c’était pas du monde comme le bon monde auquel le vrai monde était en droit de s’attendre. C’est pas moi qui le dis, c’était écrit dans les lois.

Une chose est certaine, les Noirs n’étaient pas des citoyens parce que la citoyenne c’est un ensemble de devoirs et de droits et l’un de ces droits, c’est celui de participer aux élections pour choisir ses représentants. Les Noirs avaient accédé à la pleine citoyenneté le 24 mars 1837, soit 3 ans après que le Canada ait aboli l’esclavage. Si vous avez encore des doutes, dites-vous qu’on ne peut pas abolir quelque chose qui n’existe pas. By the way… c’est pas moi qui appelle ce monde-là des Noirs. C’est écrit comme ça dans les livres d’histoire. Moi, je préfère parler « d’Afro-descendants. »

Finalement, c’est en 1948 que toutes les discriminations basées sur l’origine ethniques ont été éliminées du système électoral fédéral. Cette année-là, le gouvernement fédéral avait accordé le droit de vote à toutes les Canadiennes et à tous les Canadiens indépendamment des exclusions provinciales. Le Canada a fait une rupture totale avec des lois électorales racistes en 1982, l’année où la Charte canadienne des droits et libertés avait accordé à toutes les citoyennes et tous citoyens de 18 ans et plus, le droit de vote et celui d’être candidate ou candidat à une élection.

N’allez pas croire pour autant que tous les hommes avaient retrouvé leur droit de vote. Non. Beleive it or not… on avait trouvé le moyen de discriminer une couple de nos gars.

Ce n’est qu’en 1993 que le droit de vote avait été accordé aux détenus purgeant des peines de moins de deux ans. En 2002, la Cour suprême avait donné raison, à 5 contre 4, à Richard Sauvé, un détenu purgeant une peine de prison à vie pour meurtre. Pour les juges, « le retrait du droit de vote est incompatible avec le respect de la dignité humaine qui se trouve au cœur de la démocratie canadienne ». Paradoxalement, ces mêmes juges, nommés par le gouvernement fédéral, n’avaient obtenu le droit de vote et la dignité humaine qui l’accompagne qu’en 1988.

Et nos pauvres dans tout ça ?

Le 1er septembre 2000, le Canada avait fait le dernier pas vers le droit de vote universel quand les sans-abris avaient obtenu le droit de participer aux élections. Lors du scrutin fédérale de novembre 2000, Michel Laporte, un membre de la Chorale de l’accueil Bonneau, s’était présenté dans Westmount-Ville-Marie, la circonscription la plus riche du Canada. Pour compléter son pied-de-nez au système qui l’avait discriminé, ce sans-abri s’était présenté sous la bannière du « Parti de rien. »

Comme prévu, sans surprise, Michel Laporte avait été défait. Il n’était même pas passé proche de finir avant-dernier. Mais il nous avait appris qu’il nous faut parfois regarder de près là où nous sommes rendus pour réaliser que nous sommes partis de loin.

Et moi, j’étais venu vous dire, sans parti-pris, que celle et celui qui ne regardent pas au loin, ne doutent de rien.

Frédéric