Jean-François Lisée, le Chef du Parti Québécois, a proposé la construction d’un mur, d’une clôture ou une haie de cèdre sur le Chemin Roxham. Situé entre l’État de New York et le Québec, ce passage est emprunté par des demandeurs d’asile pour rentrer illégalement au Canada. Mais, qu’est-ce qui a poussé Jean-François Lisée à vouloir imiter son infréquentable voisin du Sud?

Depuis le début des années 2000, le contrôle des frontières est devenu une préoccupation pour les citoyens et un puissant levier politique pour les prétendants au pouvoir. C’est sur cet enjeu que Donald Trump avait adroitement lancé sa campagne à l’investiture républicaine. Sur fond de racisme et de xénophobie, il a convaincu ses concitoyens qu’un mur permettrait de garder les Mexicains et d’autres ressortissants des pays voisins, le plus loin possible de leurs quartiers. Et pourtant!

C’est George W. Bush qui a planté les fondations du mur de Donald Trump. Le 26 novembre 2006, il avait signé le Secure Fence Act qui prévoyait la construction d’une clôture de 700 milles. Aujourd’hui, cette clôture d’une hauteur de 18 pieds est étalée sur 650 des 1 954 milles qui séparent les deux pays. Pour éviter que les clandestins ne nagent de Tijuana à San Diego, elle a été allongée de 300 pieds dans l’océan Pacifique.

En respect du Secure Fence Act,  Barack Obama avait complété le travail avec un mur virtuel conçu avec des caméras, des satellites de surveillance et des drones. En fait, en complétant l’oeuvre de George W. Bush, Barack Obama est venu confirmer, pour ceux qui ne le savaient pas encore, que le Mexique est un pays pauvre et un refuge pour les pauvres des autres pays pauvres de la région.

Déboussolés par le méga projet de Donald Trump, ses adversaires avaient tourné leurs regards vers le Nord. En perte de vitesse dans les sondages, Ben Carson, le bienheureux figurant, avait demandé, nul ne sait pourquoi, que la Garde nationale soit déployée à la frontière avec le Canada. Plus zéro en chiffres que lui, Scott Walker, avait poussé l’audace à fond et suggéré la construction d’un mur entre les deux pays.

Si les adversaires de Donald Trump ont été ridiculisés c’est parce qu’ils avaient démontré qu’ils ne savaient pas que nulle part sur la planète, il n’existe de mur entre deux pays riches. Si Donald Trump a fait mouche, c’est parce qu’il savait que, comme entre l’Espagne et le Maroc, les barrières et les murs servent à empêcher les pauvres d’envahir les pays riches.

Contrairement à Donald Trump, la proposition de Jean-François Lisée n’est ni raciste, ni xénophobe. Elle s’inscrit adroitement dans l’inépuisable registre des propositions électoralistes construites sur la peur de l’autre… la peur des pauvres.

Jean-François Lisée sait que la libre circulation des personnes est une utopie. Il sait que même si l’Article 13.2 de la Déclaration universelle des droits de l’homme, dit que toute personne a le droit de quitter son pays, son effet est nul puisqu’il n’oblige aucun État à recevoir qui que ce soit, encore moins des pauvres.

Jean-François Lisée sait que l’Union européenne est la seule zone où un traité de libre-échange économique était accompagné de la libre circulation des personnes. D’ailleurs, conséquence de la crise des migrants mais surtout de l’appauvrissement de certains pays de l’Espace Schengen, c’est essentiellement le principe de la libre circulation des personnes que les Britanniques ont rejeté en 2016 en votant pour le Brexit.

Jean-François Lisée sait parfaitement qu’un mur, une clôture ou une haie de cèdre auraient été inutiles si les demandeurs de statut qui traversent le Chemin Roxham étaient de potentiels immigrants investisseurs. Dans de tels cas, un comité d’accueil interministériel, un tapis rouge et un banquet avec des banquiers auraient fait la job.